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Introduction à l'algèbre linéaire · L1 · Section 5/5

Annales corrigées

Progression

Points d’expérience : XPSérie de jours consécutifs : · —Progression du module : — / —compris

#Annales corrigées — algèbre linéaire du semestre 1

Cette page rassemble des exercices d'examen réellement posés en SPUM101 « Introduction à l'algèbre linéaire » (Licence 1, Université Côte d'Azur, campus Valrose), complétés par les épreuves de SPEM200 « Algèbre linéaire I » (semestre 2) lorsqu'elles prolongent directement le programme du semestre 1.

Sources exactes. Les exercices proviennent de l'examen final 2024 (correction officielle), de l'examen type (correction officielle), de l'examen 2025-2026 (corrigé officiel), des partiels 2025-2026 (corrigé officiel), de l'épreuve du 11 octobre 2024, de l'examen de janvier (sujet et corrigé), des sujets blancs de session 2 de SPEM200 (corrigés), ainsi que des parties algèbre des épreuves communes Fondements mathématiques 1 (13 janvier 2021, 7 janvier 2021, 4 janvier 2023, 23 juin 2021).

Le programme réellement testé. Trois blocs, toujours les mêmes : (1) systèmes linéaires et rang — pivot de Gauss, structure des solutions, noyau et image ; (2) familles, bases et applications linéaires — liberté, rang, théorème du rang, matrices d'applications ; (3) réduction — valeurs propres, polynôme caractéristique, diagonalisabilité, changement de base. Les exercices 1 à 3 ci-dessous couvrent le premier bloc, les exercices 4 à 8 le deuxième, les exercices 9 à 12 le troisième.

#Exercice 1 — Système linéaire et structure des solutions

Énoncé (examen final 2024, exercice 1.1 ; Fondements mathématiques 1, 13 janvier 2021, partie algèbre, exercice 1 ; 4 janvier 2023, exercice 1).

On considère le système d'équations linéaires à coefficients réels :

{2x+4y+4z=2x+3y+z=1x+5y+6z=6\begin{cases} 2x + 4y + 4z = 2 \\ x + 3y + z = 1 \\ x + 5y + 6z = -6 \end{cases}

  1. Écrire le système sous la forme matricielle AX=BAX = B et le résoudre par la méthode du pivot.
  2. La matrice AA est-elle inversible ? Justifier par deux arguments différents.
  3. On considère le système homogène associé. Donner, sans calcul supplémentaire, l'ensemble de ses solutions.
  4. Soit mRm \in \mathbb{R} fixé. Résoudre x+y+z=1x+y+z = 1, xz=m-x-z = m, 2x+3y+4z=12x+3y+4z = -1.
Correction détaillée

1. Résolution par pivot. L'équation matricielle est AX=BAX = B avec

A=(244131156),B=(216).A = \begin{pmatrix} 2 & 4 & 4 \\ 1 & 3 & 1 \\ 1 & 5 & 6 \end{pmatrix}, \qquad B = \begin{pmatrix} 2 \\ 1 \\ -6 \end{pmatrix}.

On forme la matrice augmentée (AB)\left(A \mid B\right) et on échelonne, en échangeant d'abord L1L_1 et L2L_2 pour travailler avec un pivot égal à 11 :

(244213111566)L1L2(131124421566)\left(\begin{array}{ccc|c} 2 & 4 & 4 & 2 \\ 1 & 3 & 1 & 1 \\ 1 & 5 & 6 & -6 \end{array}\right) \xrightarrow{L_1 \leftrightarrow L_2} \left(\begin{array}{ccc|c} 1 & 3 & 1 & 1 \\ 2 & 4 & 4 & 2 \\ 1 & 5 & 6 & -6 \end{array}\right)

L3L3L1L2L22L1(131102200257)L3L3+L2(131102200077).\xrightarrow[L_3 \leftarrow L_3 - L_1]{L_2 \leftarrow L_2 - 2L_1} \left(\begin{array}{ccc|c} 1 & 3 & 1 & 1 \\ 0 & -2 & 2 & 0 \\ 0 & 2 & 5 & -7 \end{array}\right) \xrightarrow{L_3 \leftarrow L_3 + L_2} \left(\begin{array}{ccc|c} 1 & 3 & 1 & 1 \\ 0 & -2 & 2 & 0 \\ 0 & 0 & 7 & -7 \end{array}\right).

Le système est échelonné, avec trois pivots non nuls (11, 2-2, 77). La remontée donne :

  • L3L_3 : 7z=77z = -7, donc z=1z = -1.
  • L2L_2 : 2y+2z=0-2y + 2z = 0, donc 2y2=0-2y - 2 = 0, d'où y=1y = -1.
  • L1L_1 : x+3y+z=1x + 3y + z = 1, donc x31=1x - 3 - 1 = 1, d'où x=5x = 5.

Solution unique : (x,y,z)=(5,1,1)(x, y, z) = (5, -1, -1). Vérification dans le système initial : 25+4(1)+4(1)=1044=22 \cdot 5 + 4 \cdot (-1) + 4 \cdot (-1) = 10 - 4 - 4 = 2 ✓ ; 5+3(1)+(1)=15 + 3(-1) + (-1) = 1 ✓ ; 5+5(1)+6(1)=65 + 5(-1) + 6(-1) = -6 ✓.

2. Inversibilité de AA. Deux arguments indépendants.

  • Par le rang. Le système a une solution unique, ce qui signifie que l'application XAXX \mapsto AX est bijective : AA est inversible. De façon équivalente, AA s'échelonne en une matrice à trois pivots, donc rg(A)=3=n\operatorname{rg}(A) = 3 = n.
  • Par le déterminant. On développe selon la première colonne de la forme échelonnée, dont le déterminant vaut 1×(2)×7=141 \times (-2) \times 7 = -14. Les opérations effectuées sont : un échange de lignes (qui multiplie le déterminant par 1-1) et deux transvections LiLi+λLjL_i \leftarrow L_i + \lambda L_j (qui ne le changent pas). Donc detA=(14)=140\det A = -(-14) = 14 \neq 0 : AA est inversible.

Vérification par le calcul direct : detA=2(185)4(61)+4(53)=2620+8=14\det A = 2(18 - 5) - 4(6 - 1) + 4(5 - 3) = 26 - 20 + 8 = 14 ✓.

3. Système homogène. L'ensemble des solutions de AX=0AX = 0 est, par définition, le noyau de AA. Comme AA est inversible, ker(A)={0}\ker(A) = \{0\} et le système homogène admet l'unique solution X=0X = 0 — c'est le théorème du rang appliqué sans calcul : dimker(A)=3rg(A)=33=0\dim \ker(A) = 3 - \operatorname{rg}(A) = 3 - 3 = 0. Il n'y a rien à calculer, et c'est précisément ce que la question cherche à tester.

4. Système à paramètre. On applique le même pivot à la matrice augmentée, avec un second membre symbolique :

(1111101m2341)L3L32L1L2L2+L1(1111010m+10123)L3L3L2(1111010m+1002m4).\left(\begin{array}{ccc|c} 1 & 1 & 1 & 1 \\ -1 & 0 & -1 & m \\ 2 & 3 & 4 & -1 \end{array}\right) \xrightarrow[L_3 \leftarrow L_3 - 2L_1]{L_2 \leftarrow L_2 + L_1} \left(\begin{array}{ccc|c} 1 & 1 & 1 & 1 \\ 0 & 1 & 0 & m+1 \\ 0 & 1 & 2 & -3 \end{array}\right) \xrightarrow{L_3 \leftarrow L_3 - L_2} \left(\begin{array}{ccc|c} 1 & 1 & 1 & 1 \\ 0 & 1 & 0 & m+1 \\ 0 & 0 & 2 & -m-4 \end{array}\right).

Trois pivots : le système admet une unique solution pour tout mRm \in \mathbb{R}. La remontée donne :

  • z=m42=m22z = \dfrac{-m-4}{2} = -\dfrac{m}{2} - 2.
  • y=m+1y = m + 1.
  • x=1yz=1(m+1)+m2+2=2m2x = 1 - y - z = 1 - (m+1) + \dfrac{m}{2} + 2 = 2 - \dfrac{m}{2}.

Solution : (x,y,z)=(2m2, m+1, m22)\left(x,y,z\right) = \left(2 - \dfrac{m}{2}, \ m+1, \ -\dfrac{m}{2} - 2\right). Vérification sur la deuxième équation : xz=(2m2)+m2+2=m-x - z = -\left(2-\frac{m}{2}\right) + \frac{m}{2} + 2 = m ✓.

Ce qu'il faut retenir. Le rang de la matrice des coefficients décide de tout : trois pivots \Rightarrow solution unique ; moins de pivots que d'inconnues \Rightarrow variables libres et infinité de solutions ; un pivot dans la colonne du second membre \Rightarrow système incompatible. Aucune autre analyse n'est nécessaire.

#Exercice 2 — Familles libres, rang et dimension

Énoncé (examen final 2024, exercice 1.2 et 1.3 ; examen type, exercice 5 ; Fondements mathématiques 1, 4 janvier 2023, exercice 1).

Dans R4\mathbb{R}^4, on considère les vecteurs

e1=(3,0,1,2),e2=(1,5,0,1),e3=(7,5,2,1),e_1 = (3, 0, 1, -2), \quad e_2 = (1, 5, 0, -1), \quad e_3 = (7, 5, 2, 1), v1=(1,1,0,0),v2=(1,1,1,0),v3=(3,3,2,0),v4=(1,0,0,0).v_1 = (1, 1, 0, 0), \quad v_2 = (1, 1, 1, 0), \quad v_3 = (3, 3, 2, 0), \quad v_4 = (1, 0, 0, 0).

  1. La famille (e1,e2,e3)(e_1, e_2, e_3) est-elle libre ?
  2. La famille (v1,v2,v3,v4)(v_1, v_2, v_3, v_4) est-elle libre ? Génératrice de R4\mathbb{R}^4 ?
  3. Montrer que v=(1,1,0,0)v = (1,1,0,0) appartient à Vect(v2,v3,v4)\mathrm{Vect}(v_2, v_3, v_4).
Correction détaillée

1. La famille (e1,e2,e3)(e_1, e_2, e_3) est libre. Les deux premiers vecteurs sont visiblement non colinéaires, la question se ramène donc à vérifier si e3Vect(e1,e2)e_3 \in \mathrm{Vect}(e_1, e_2). Soient λ,μR\lambda, \mu \in \mathbb{R} ; on résout e3=λe1+μe2e_3 = \lambda e_1 + \mu e_2, c'est-à-dire composante par composante :

{3λ+μ=75μ=5λ=22λμ=1    {3(2)+1=7μ=1λ=22(2)1=51\begin{cases} 3\lambda + \mu = 7 \\ 5\mu = 5 \\ \lambda = 2 \\ -2\lambda - \mu = 1 \end{cases} \iff \begin{cases} 3(2) + 1 = 7 \\ \mu = 1 \\ \lambda = 2 \\ -2(2) - 1 = -5 \neq 1 \end{cases}

La dernière équation donne 5=1-5 = 1 : contradiction. Donc e3Vect(e1,e2)e_3 \notin \mathrm{Vect}(e_1, e_2) et la famille (e1,e2,e3)(e_1, e_2, e_3) est libre. On pouvait aussi le voir par un pivot : la matrice dont les colonnes sont e1,e2,e3e_1, e_2, e_3 a trois pivots, donc rang 33.

2. La famille (v1,v2,v3,v4)(v_1, v_2, v_3, v_4) est liée, et n'est pas génératrice. Cherchons λ,μ\lambda, \mu tels que λv1+μv2=v3\lambda v_1 + \mu v_2 = v_3. Composante par composante :

λ+μ=3,λ+μ=3,μ=2,0=0.\lambda + \mu = 3, \qquad \lambda + \mu = 3, \qquad \mu = 2, \qquad 0 = 0.

Les deux premières équations sont identiques et donnent λ+μ=3\lambda + \mu = 3 ; avec μ=2\mu = 2 on trouve λ=1\lambda = 1. Donc

v3=v1+2v2veˊrification : (1,1,0,0)+2(1,1,1,0)=(3,3,2,0).v_3 = v_1 + 2v_2 \qquad \text{vérification : } (1,1,0,0) + 2(1,1,1,0) = (3,3,2,0).

La famille est donc liée, avec la relation de dépendance v1+2v2v3=0v_1 + 2v_2 - v_3 = 0.

Une famille liée de R4\mathbb{R}^4 ne peut pas être génératrice de R4\mathbb{R}^4 : une famille génératrice de R4\mathbb{R}^4 contient une base, donc au moins 44 vecteurs libres, et retirer le vecteur superflu v3v_3 laisse une famille de 33 vecteurs qui ne peut engendrer un espace de dimension 44 (le rang d'une famille de kk vecteurs est au plus kk). Donc Vect(v1,v2,v3,v4)R4\mathrm{Vect}(v_1, v_2, v_3, v_4) \neq \mathbb{R}^4.

Argument supplémentaire, qui localise l'espace engendré. On vérifie que v1v_1, v2v_2 et v3v_3 satisfont tous y=x+ty = x + t (avec les coordonnées (x,y,z,t)(x,y,z,t)) : v1v_1 donne 1=1+01 = 1 + 0 ✓, v2v_2 donne 1=1+01 = 1 + 0 ✓, v3v_3 donne 3=3+03 = 3 + 0 ✓. L'espace engendré par ces trois vecteurs est donc inclus dans l'hyperplan H={(x,y,z,t):y=x+t}H = \{(x,y,z,t) : y = x+t\}, de dimension 33. Le vecteur v4=(1,0,0,0)v_4 = (1,0,0,0) en revanche donne 01+00 \neq 1 + 0 : il sort de HH, mais il ne suffit pas à engendrer R4\mathbb{R}^4 à lui seul, puisque v1,v2,v3v_1, v_2, v_3 n'apportent que deux directions indépendantes (v3v_3 étant combinaison des deux autres). Le rang total est 33.

3. On a v=(1,1,0,0)=v1v = (1,1,0,0) = v_1. Or v3=v1+2v2v_3 = v_1 + 2v_2 donne v1=v32v2v_1 = v_3 - 2v_2, donc

v=v32v2Vect(v2,v3)Vect(v2,v3,v4).v = v_3 - 2v_2 \in \mathrm{Vect}(v_2, v_3) \subset \mathrm{Vect}(v_2, v_3, v_4).

La réponse est donc vraie. L'énoncé officiel demandait de justifier cette appartenance, ce qui se fait en exhibant les coefficients : v=0v42v2+1v3v = 0 \cdot v_4 - 2 \cdot v_2 + 1 \cdot v_3.

Méthode générale pour le rang d'une famille. On échelonne la matrice dont les vecteurs sont les colonnes ; le rang est le nombre de pivots. Les deux équivalences à retenir : le rang vaut le nombre de vecteurs si et seulement si la famille est libre ; il vaut la dimension de l'espace ambiant si et seulement si la famille est génératrice.

#Exercice 3 — Noyau et image d'une matrice

Énoncé (partiels 2025-2026, exercice 2 ; épreuve du 11 octobre 2024, exercice 2 ; examen final 2024, exercice 1).

On considère la matrice

A=(120124143639).A = \begin{pmatrix} 1 & 2 & 0 & 1 \\ 2 & 4 & 1 & 4 \\ 3 & 6 & 3 & 9 \end{pmatrix}.

  1. Donner la forme échelonnée de AA et le nombre de ses colonnes linéairement indépendantes.
  2. Justifier que (2,1,0,0)(-2, 1, 0, 0) et (1,0,2,1)(-1, 0, -2, 1) forment une base de ker(A)\ker(A).
  3. Soit bb le vecteur de R3\mathbb{R}^3 obtenu en sommant les colonnes de AA. Décrire l'ensemble des solutions de Ax=bAx = b.
  4. Soit A=(112022403370)A' = \begin{pmatrix} 1 & -1 & 2 & 0 \\ 2 & -2 & 4 & 0 \\ 3 & -3 & 7 & 0 \end{pmatrix}. Déterminer des bases de ker(A)\ker(A') et de Ran(A)\mathrm{Ran}(A').
Correction détaillée

1. Forme échelonnée. On effectue L2L22L1L_2 \leftarrow L_2 - 2L_1 puis L3L33L1L_3 \leftarrow L_3 - 3L_1 :

(120100120036)L3L33L2(120100120000).\begin{pmatrix} 1 & 2 & 0 & 1 \\ 0 & 0 & 1 & 2 \\ 0 & 0 & 3 & 6 \end{pmatrix} \xrightarrow{L_3 \leftarrow L_3 - 3L_2} \begin{pmatrix} 1 & 2 & 0 & 1 \\ 0 & 0 & 1 & 2 \\ 0 & 0 & 0 & 0 \end{pmatrix}.

Il y a deux lignes non nulles, donc rg(A)=2\operatorname{rg}(A) = 2 : la matrice contient deux colonnes linéairement indépendantes, les colonnes 11 et 33 (celles qui portent les pivots).

2. Base du noyau. La matrice AA représente une application linéaire de R4\mathbb{R}^4 dans R3\mathbb{R}^3, dont l'image est de dimension 22. Par le théorème du rang, dimker(A)=42=2\dim \ker(A) = 4 - 2 = 2 : il suffit donc de trouver deux vecteurs indépendants dans le noyau pour en avoir une base.

Le système Ax=0Ax = 0 se lit sur la forme échelonnée : x1+2x2+x4=0x_1 + 2x_2 + x_4 = 0 et x3+2x4=0x_3 + 2x_4 = 0. On prend x2x_2 et x4x_4 comme inconnues libres (les colonnes 22 et 44 n'ont pas de pivot), on pose x2=sx_2 = s et x4=tx_4 = t :

x1=2st,x3=2t.x_1 = -2s - t, \qquad x_3 = -2t.

D'où

x=s(2100)+t(1021),s,tR.x = s\begin{pmatrix} -2 \\ 1 \\ 0 \\ 0 \end{pmatrix} + t\begin{pmatrix} -1 \\ 0 \\ -2 \\ 1 \end{pmatrix}, \qquad s, t \in \mathbb{R}.

La famille ((2,1,0,0),(1,0,2,1))\left((-2,1,0,0), (-1,0,-2,1)\right) engendre donc le noyau, et comme elle est libre (les deux vecteurs ne sont pas colinéaires) et de cardinal 2=dimker(A)2 = \dim \ker(A), c'est une base de ker(A)\ker(A).

Vérification directe : A(2,1,0,0)T=(2+2,4+4,6+6)T=0A \cdot (-2,1,0,0)^T = (-2 + 2, -4 + 4, -6 + 6)^T = 0 ✓ ; A(1,0,2,1)T=(1+0+0+1,2+02+4,3+06+9)T=0A \cdot (-1,0,-2,1)^T = (-1 + 0 + 0 + 1, -2 + 0 - 2 + 4, -3 + 0 - 6 + 9)^T = 0 ✓.

3. Ensemble des solutions de Ax=bAx = b. Le vecteur bb est la somme des colonnes de AA :

b=A(1111)=(41121).b = A\begin{pmatrix} 1 \\ 1 \\ 1 \\ 1 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 4 \\ 11 \\ 21 \end{pmatrix}.

Par définition, x0=(1,1,1,1)x_0 = (1,1,1,1) est donc une solution particulière de Ax=bAx = b. L'ensemble des solutions est alors l'espace affine

{xR4:Ax=b}=x0+ker(A)={(1111)+s(2100)+t(1021), s,tR}.\left\{ x \in \mathbb{R}^4 : Ax = b \right\} = x_0 + \ker(A) = \left\{ \begin{pmatrix} 1 \\ 1 \\ 1 \\ 1 \end{pmatrix} + s\begin{pmatrix} -2 \\ 1 \\ 0 \\ 0 \end{pmatrix} + t\begin{pmatrix} -1 \\ 0 \\ -2 \\ 1 \end{pmatrix}, \ s, t \in \mathbb{R} \right\}.

Justification de la structure. Si Ax=bAx = b et Ax0=bAx_0 = b, alors A(xx0)=0A(x - x_0) = 0, donc xx0ker(A)x - x_0 \in \ker(A) et x=x0+(xx0)x = x_0 + (x - x_0). Réciproquement, tout x0+yx_0 + y avec yker(A)y \in \ker(A) vérifie A(x0+y)=b+0=bA(x_0+y) = b + 0 = b. La structure « solution particulière + noyau » est donc exacte, et l'ensemble des solutions est un espace affine de dimension dimker(A)=2\dim \ker(A) = 2.

4. Matrice AA'. La quatrième colonne est nulle : elle n'apporte rien. Les trois premières colonnes sont c1=(1,2,3)c_1 = (1,2,3), c2=(1,2,3)=c1c_2 = (-1,-2,-3) = -c_1 et c3=(2,4,7)c_3 = (2,4,7). Donc Ran(A)=Vect(c1,c3)\mathrm{Ran}(A') = \mathrm{Vect}(c_1, c_3), et ces deux vecteurs sont non colinéaires (c3c_3 n'est pas un multiple de c1c_1 : le rapport des premières coordonnées est 22, mais celui des troisièmes est 7/37/3). Ainsi

Ran(A)=Vect((1,2,3),(2,4,7)),dimRan(A)=2.\mathrm{Ran}(A') = \mathrm{Vect}\big((1,2,3), (2,4,7)\big), \qquad \dim \mathrm{Ran}(A') = 2.

Par le théorème du rang, dimker(A)=42=2\dim \ker(A') = 4 - 2 = 2. On lit le noyau sur les relations entre colonnes : c2=c1c_2 = -c_1 donne c1+c2=0c_1 + c_2 = 0, d'où le premier vecteur (1,1,0,0)(1,1,0,0) ; la quatrième colonne nulle donne (0,0,0,1)(0,0,0,1). Ces deux vecteurs sont indépendants, donc

ker(A)=Vect((1,1,0,0), (0,0,0,1)).\ker(A') = \mathrm{Vect}\big((1,1,0,0), \ (0,0,0,1)\big).

Vérification : A(1,1,0,0)T=c1+c2=0A'(1,1,0,0)^T = c_1 + c_2 = 0 ✓ ; A(0,0,0,1)T=0A'(0,0,0,1)^T = 0 ✓.

Le réflexe à acquérir. Une colonne nulle ou une colonne multiple d'une autre se repère avant tout calcul : elle donne immédiatement un vecteur du noyau et réduit d'autant le rang à calculer. C'est le genre de lecture qui fait gagner plusieurs minutes en examen.

#Exercice 4 — Matrice de rang 1 : A=uvTA = uv^{\mathsf T}

Énoncé (examen 2025-2026, exercice 1 ; sujets blancs SPEM200 session 2, exercices 1).

Soient n2n \geq 2 et u=(a1,,an)Tu = (a_1, \ldots, a_n)^{\mathsf T}, v=(b1,,bn)Tv = (b_1, \ldots, b_n)^{\mathsf T} deux vecteurs non nuls de Kn\mathbb{K}^n. On note

A=uvT=(a1an)(b1bn).A = u\,v^{\mathsf T} = \begin{pmatrix} a_1 \\ \vdots \\ a_n \end{pmatrix}\begin{pmatrix} b_1 & \cdots & b_n \end{pmatrix}.

  1. Rappeler la condition pour que le produit de deux matrices soit défini. Quelle est la taille de AA ? Expliciter les colonnes et les lignes de AA.
  2. Montrer, à partir de la définition du rang, que rg(B1B2)rg(B1)\operatorname{rg}(B_1B_2) \leq \operatorname{rg}(B_1).
  3. Déterminer une base de l'image de AA et donner son rang.
  4. Énoncer la version matricielle du théorème du rang. En déduire dimker(A)\dim \ker(A), puis det(A)\det(A).
  5. Calculer AuAu. En déduire une deuxième valeur propre de AA.
  6. Justifier qu'il n'y a pas d'autre valeur propre.
  7. Donner une condition nécessaire et suffisante sur uu et vv pour que det(In+A)=0\det(I_n + A) = 0.
Correction détaillée

1. Le produit B1B2B_1B_2 est défini si et seulement si le nombre de colonnes de B1B_1 égale le nombre de lignes de B2B_2. Ici uMn,1(K)u \in \mathcal{M}_{n,1}(\mathbb{K}) et vTM1,n(K)v^{\mathsf T} \in \mathcal{M}_{1,n}(\mathbb{K}), le produit est défini (1=11 = 1) et AMn(K)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) est de taille n×nn \times n.

La jj-ième colonne de AA s'obtient en multipliant par eje_j : colj(A)=Aej=u(vTej)=ubj=bju\operatorname{col}_j(A) = Ae_j = u(v^{\mathsf T}e_j) = u\,b_j = b_j\,u. Toutes les colonnes sont colinéaires à uu. Symétriquement, la ii-ième ligne est eiTA=(eiTu)vT=aivTe_i^{\mathsf T}A = (e_i^{\mathsf T}u)v^{\mathsf T} = a_i\,v^{\mathsf T} : toutes les lignes sont colinéaires à vTv^{\mathsf T}. Multiplier par uu à gauche agit sur les lignes, multiplier par vTv^{\mathsf T} à droite agit sur les colonnes.

2. Le rang d'une matrice est la dimension de son image. Or pour tout xx :

Im(B1B2)={B1(B2x):x}={B1y:yIm(B2)}Im(B1),\operatorname{Im}(B_1B_2) = \{B_1(B_2x) : x\} = \{B_1 y : y \in \operatorname{Im}(B_2)\} \subseteq \operatorname{Im}(B_1),

car B2xIm(B2)B_2x \in \operatorname{Im}(B_2) et B1B_1 est linéaire. L'image de B1B2B_1B_2 est un sous-espace de celle de B1B_1, donc sa dimension est inférieure ou égale :

rg(B1B2)=dimIm(B1B2)dimIm(B1)=rg(B1).\operatorname{rg}(B_1B_2) = \dim \operatorname{Im}(B_1B_2) \leq \dim \operatorname{Im}(B_1) = \operatorname{rg}(B_1).

Interprétation. Multiplier à gauche par B1B_1 ne peut que « rapetisser » l'image : c'est une application linéaire de plus à traverser.

3. Toutes les colonnes de AA sont colinéaires à uu, et u0u \neq 0. Donc Im(A)=Vect(u)\operatorname{Im}(A) = \mathrm{Vect}(u), de dimension 11 :

rg(A)=1,{u} est une base de Im(A).\operatorname{rg}(A) = 1, \qquad \{u\} \text{ est une base de } \operatorname{Im}(A).

4. Théorème du rang, version matricielle. Pour BMn,p(K)B \in \mathcal{M}_{n,p}(\mathbb{K}) :

pnombre de colonnes de B=dimker(B)+rg(B).\underbrace{p}_{\text{nombre de colonnes de } B} = \dim \ker(B) + \operatorname{rg}(B).

Pour AA, qui est carrée n×nn \times n : dimker(A)=n1\dim \ker(A) = n - 1. Comme n2n \geq 2, ce noyau n'est pas réduit à zéro, donc AA n'est pas injective, donc AA n'est pas inversible, donc

det(A)=0.\det(A) = 0.

De plus E0(A)=ker(A0In)=ker(A)E_0(A) = \ker(A - 0 \cdot I_n) = \ker(A) est de dimension n1>0n - 1 > 0, donc 00 est valeur propre de AA, de multiplicité géométrique n1n-1.

5. Par associativité du produit matriciel, et comme vTuv^{\mathsf T}u est une matrice 1×11 \times 1, c'est-à-dire un scalaire :

Au=(uvT)u=u(vTu)=(vTu)u.Au = (uv^{\mathsf T})u = u(v^{\mathsf T}u) = (v^{\mathsf T}u)\,u.

Comme u0u \neq 0, l'égalité Au=λuAu = \lambda u avec λ=vTu\lambda = v^{\mathsf T}u montre que uu est un vecteur propre de AA pour la valeur propre λ=vTu=i=1naibi\lambda = v^{\mathsf T}u = \sum_{i=1}^n a_ib_i. C'est le produit scalaire usuel de uu et vv.

6. Soit x0x \neq 0 un vecteur propre pour une valeur propre μ0\mu \neq 0. Alors Ax=μxAx = \mu x donne x=μ1AxIm(A)=Vect(u)x = \mu^{-1}Ax \in \operatorname{Im}(A) = \mathrm{Vect}(u) : tout vecteur propre associé à une valeur propre non nulle est colinéaire à uu. Or uu est vecteur propre pour la seule valeur propre vTuv^{\mathsf T}u. Il n'y a donc aucune autre valeur propre que 00 et vTuv^{\mathsf T}u.

Remarque. On peut aussi invoquer le polynôme caractéristique : χA(X)=Xn(vTu)Xn1=Xn1(XvTu)\chi_A(X) = X^n - (v^{\mathsf T}u)X^{n-1} = X^{n-1}(X - v^{\mathsf T}u), obtenu en remarquant que tr(A)=aibi=vTu\operatorname{tr}(A) = \sum a_ib_i = v^{\mathsf T}u et rg(A)=1\operatorname{rg}(A) = 1. Cette question était signalée comme difficile dans le corrigé officiel : le raisonnement par l'image n'était pas au programme sous cette forme, il fallait le construire.

7. Par définition, det(AλIn)=0\det(A - \lambda I_n) = 0 si et seulement si λ\lambda est valeur propre de AA. Or

det(In+A)=det(A(1)In).\det(I_n + A) = \det\big(A - (-1)I_n\big).

Donc det(In+A)=0\det(I_n + A) = 0 si et seulement si 1-1 est valeur propre de AA, c'est-à-dire si et seulement si

vTu=i=1naibi=1.\boxed{v^{\mathsf T}u = \sum_{i=1}^n a_i b_i = -1.}

Vérification sur un exemple. Prenons n=2n = 2, u=(1,1)Tu = (1,1)^{\mathsf T} et v=(1,0)Tv = (-1,0)^{\mathsf T}. Alors vTu=1v^{\mathsf T}u = -1 et

A=(1010),I2+A=(0011),det(I2+A)=0 A = \begin{pmatrix} -1 & 0 \\ -1 & 0 \end{pmatrix}, \qquad I_2 + A = \begin{pmatrix} 0 & 0 \\ -1 & 1 \end{pmatrix}, \qquad \det(I_2+A) = 0 \ \checkmark

Ce qu'il faut retenir de cet exercice. Une matrice uvTuv^{\mathsf T} est l'archétype de la matrice de rang 11 : toutes ses colonnes sont colinéaires, son noyau est l'hyperplan orthogonal à vv, son image est la droite engendrée par uu, et ses valeurs propres sont 00 (multiplicité n1n-1) et vTuv^{\mathsf T}u. Quand vTu0v^{\mathsf T}u \neq 0, elle est diagonalisable ; quand vTu=0v^{\mathsf T}u = 0, elle ne l'est pas (la multiplicité géométrique de 00 vaut n1<nn-1 < n).

#Exercice 5 — Un endomorphisme sur les polynômes

Énoncé (examen 2025-2026, exercice 2 ; sujets blancs SPEM200, exercice 2).

Soient nNn \in \mathbb{N}, a,bRa, b \in \mathbb{R} avec a0a \neq 0, et Q(X)=aX+bQ(X) = aX + b. On pose

Φ:R[X]nR[X]n,Φ(P)=(Q(X)P(X)).\Phi : \mathbb{R}[X]_{\leq n} \to \mathbb{R}[X]_{\leq n}, \qquad \Phi(P) = \big(Q(X)P(X)\big)'.

On note C=(1,X,X2,,Xn)\mathcal{C} = (1, X, X^2, \ldots, X^n) la base canonique de R[X]n\mathbb{R}[X]_{\leq n}.

  1. Montrer que Φ\Phi est une application R\mathbb{R}-linéaire.
  2. Donner la matrice MatC,C(Φ)\operatorname{Mat}_{\mathcal{C},\mathcal{C}}(\Phi) et son rang.
  3. Montrer que Φ\Phi est un isomorphisme.
  4. Dans le cas n=2n = 2, calculer A1A^{-1} et écrire AA comme produit de matrices élémentaires.
  5. Que vaut Φ1(X2+1)\Phi^{-1}(X^2+1) ?
  6. Rappeler la définition d'un endomorphisme diagonalisable.
  7. Calculer le polynôme caractéristique de Φ\Phi, donner ses valeurs propres, et expliquer pourquoi Φ\Phi est diagonalisable.
  8. Donner une base de R[X]2\mathbb{R}[X]_{\leq 2} formée de vecteurs propres de Φ\Phi.
Correction détaillée

1. Linéarité. Soient λR\lambda \in \mathbb{R} et P1,P2R[X]nP_1, P_2 \in \mathbb{R}[X]_{\leq n}. En utilisant la linéarité de la dérivation et la distributivité :

Φ(λP1+P2)=(Q(λP1+P2))=(λQP1+QP2)=λ(QP1)+(QP2)=λΦ(P1)+Φ(P2).\Phi(\lambda P_1 + P_2) = \big(Q(\lambda P_1 + P_2)\big)' = \big(\lambda QP_1 + QP_2\big)' = \lambda (QP_1)' + (QP_2)' = \lambda\Phi(P_1) + \Phi(P_2).

Donc Φ\Phi est R\mathbb{R}-linéaire. De plus, si degPn\deg P \leq n alors deg(QP)n+1\deg(QP) \leq n+1, donc degΦ(P)n\deg \Phi(P) \leq n : l'application est bien à valeurs dans R[X]n\mathbb{R}[X]_{\leq n}. C'est un endomorphisme.

2. Matrice. Pour k1k \geq 1 :

Φ(Xk)=((aX+b)Xk)=(aXk+1+bXk)=(k+1)aXk+kbXk1,\Phi(X^k) = \big((aX+b)X^k\big)' = \big(aX^{k+1} + bX^k\big)' = (k+1)aX^k + kbX^{k-1},

et Φ(1)=(aX+b)=a\Phi(1) = (aX+b)' = a. Les colonnes de la matrice sont les coordonnées de ces images dans la base C\mathcal{C} :

  • colonne 1 : Φ(1)=a\Phi(1) = a, soit (a,0,,0)T(a, 0, \ldots, 0)^{\mathsf T} ;
  • colonne 2 : Φ(X)=b+2aX\Phi(X) = b + 2aX, soit (b,2a,0,,0)T(b, 2a, 0, \ldots, 0)^{\mathsf T} ;
  • colonne k+1k+1 : Φ(Xk)=kbXk1+(k+1)aXk\Phi(X^k) = kbX^{k-1} + (k+1)aX^k.

D'où la matrice triangulaire supérieure (mais avec une sous-diagonale non nulle) :

MatC,C(Φ)=(ab0002a2b3a0nb00(n+1)a).\operatorname{Mat}_{\mathcal{C},\mathcal{C}}(\Phi) = \begin{pmatrix} a & b & 0 & \cdots & 0 \\ 0 & 2a & 2b & \ddots & \vdots \\ \vdots & \ddots & 3a & \ddots & 0 \\ \vdots & & \ddots & \ddots & nb \\ 0 & \cdots & \cdots & 0 & (n+1)a \end{pmatrix}.

Cette matrice est triangulaire avec des coefficients diagonaux a,2a,,(n+1)aa, 2a, \ldots, (n+1)a, tous non nuls puisque a0a \neq 0. Elle a donc n+1n+1 pivots : son rang est n+1n + 1.

3. Isomorphisme. Φ\Phi est un isomorphisme si et seulement si sa matrice est inversible. Une matrice carrée de taille n+1n+1 est inversible si et seulement si son rang vaut n+1n+1, ce qui est le cas. On peut aussi le vérifier par le déterminant :

det ⁣(MatC,C(Φ))=k=1n+1ka=(n+1)!an+10\det\!\left(\operatorname{Mat}_{\mathcal{C},\mathcal{C}}(\Phi)\right) = \prod_{k=1}^{n+1} ka = (n+1)!\,a^{n+1} \neq 0

car a0a \neq 0 (le déterminant d'une matrice triangulaire est le produit de ses coefficients diagonaux, ici a2a(n+1)aa \cdot 2a \cdots (n+1)a). Donc Φ\Phi est un isomorphisme.

4. Cas n=2n = 2 : inversion. On a

A=(ab002a2b003a),detA=6a3.A = \begin{pmatrix} a & b & 0 \\ 0 & 2a & 2b \\ 0 & 0 & 3a \end{pmatrix}, \qquad \det A = 6a^3.

La matrice est triangulaire supérieure : on l'inverse par des opérations élémentaires de haut en bas. En normalisant d'abord les diagonales, puis en éliminant les coefficients au-dessus :

D1(1/a)D2(1/2a)D3(1/3a)A=(1b/a001b/a001),D_1(1/a)D_2(1/2a)D_3(1/3a)\,A = \begin{pmatrix} 1 & b/a & 0 \\ 0 & 1 & b/a \\ 0 & 0 & 1 \end{pmatrix},

Di(μ)D_i(\mu) désigne la matrice élémentaire de dilatation de la ligne ii par μ\mu. Puis, en remontant :

T2,3(b/a)T1,2(b/a)D1(1/a)D2(1/2a)D3(1/3a)A=I3,T_{2,3}(-b/a)\,T_{1,2}(-b/a)\,D_1(1/a)D_2(1/2a)D_3(1/3a)\,A = I_3,

Ti,j(λ)T_{i,j}(\lambda) ajoute λ\lambda fois la ligne jj à la ligne ii. Donc

A1=T2,3(b/a)T1,2(b/a)D1(1/a)D2(1/2a)D3(1/3a)=(1ab2a2b23a3012ab3a20013a).A^{-1} = T_{2,3}(-b/a)\,T_{1,2}(-b/a)\,D_1(1/a)D_2(1/2a)D_3(1/3a) = \begin{pmatrix} \dfrac{1}{a} & -\dfrac{b}{2a^2} & \dfrac{b^2}{3a^3} \\ 0 & \dfrac{1}{2a} & -\dfrac{b}{3a^2} \\ 0 & 0 & \dfrac{1}{3a} \end{pmatrix}.

Vérification : le produit AA1A A^{-1} redonne bien I3I_3 (premier coefficient : a1a=1a \cdot \frac{1}{a} = 1 ; coefficient (1,2)(1,2) : a(b2a2)+b12a=b2a+b2a=0a\left(-\frac{b}{2a^2}\right) + b \cdot \frac{1}{2a} = -\frac{b}{2a} + \frac{b}{2a} = 0 ; coefficient (1,3)(1,3) : ab23a3+b(b3a2)=b23a2b23a2=0a \cdot \frac{b^2}{3a^3} + b\left(-\frac{b}{3a^2}\right) = \frac{b^2}{3a^2} - \frac{b^2}{3a^2} = 0 ✓).

Écriture de AA comme produit de matrices élémentaires. En inversant la relation ci-dessus et en utilisant (MN)1=N1M1(MN)^{-1} = N^{-1}M^{-1} :

A=D1(a)D2(2a)D3(3a)T1,2(b/a)T2,3(b/a).A = D_1(a)\,D_2(2a)\,D_3(3a)\,T_{1,2}(b/a)\,T_{2,3}(b/a).

5. Φ1(X2+1)\Phi^{-1}(X^2+1). Les coordonnées de X2+1X^2+1 dans la base C\mathcal{C} sont (1,0,1)T(1, 0, 1)^{\mathsf T}. On applique A1A^{-1} :

A1(101)=(1a+b23a3b3a213a)=(3a2+b23a3b3a213a).A^{-1}\begin{pmatrix} 1 \\ 0 \\ 1 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} \frac{1}{a} + \frac{b^2}{3a^3} \\ -\frac{b}{3a^2} \\ \frac{1}{3a} \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} \frac{3a^2+b^2}{3a^3} \\ -\frac{b}{3a^2} \\ \frac{1}{3a} \end{pmatrix}.

Donc

Φ1(X2+1)=13aX2b3a2X+3a2+b23a3.\Phi^{-1}(X^2+1) = \frac{1}{3a}X^2 - \frac{b}{3a^2}X + \frac{3a^2+b^2}{3a^3}.

6. Définition. Un endomorphisme ff d'un espace vectoriel de dimension finie est diagonalisable s'il existe une base de EE formée de vecteurs propres de ff. De façon équivalente, il existe une base dans laquelle la matrice de ff est diagonale.

Attention. C'est la définition qui est demandée ici, pas le théorème de caractérisation. Répondre par « χf\chi_f est scindé et αλ=βλ\alpha_\lambda = \beta_\lambda pour tout λ\lambda » à une question qui demande la définition ne rapporte aucun point : la définition est « il existe une base de vecteurs propres », le critère est un théorème qui en découle.

7. Polynôme caractéristique et diagonalisabilité. La matrice AA est triangulaire supérieure (avec n=2n = 2, les coefficients diagonaux sont aa, 2a2a, 3a3a), donc son polynôme caractéristique est le produit des (kaX)(ka - X) :

χA(X)=det(XI3A)=(aX)(2aX)(3aX).\chi_A(X) = \det(XI_3 - A) = (a - X)(2a - X)(3a - X).

Les valeurs propres de Φ\Phi sont donc aa, 2a2a et 3a3a. Le polynôme est scindé sur R\mathbb{R} et ses trois racines sont distinctes puisque a0a \neq 0 (elles valent aa, 2a2a, 3a3a avec a0a \neq 0). Or pour une racine simple, la multiplicité algébrique vaut 11, et la multiplicité géométrique est toujours comprise entre 11 et la multiplicité algébrique : elle vaut donc 11 elle aussi. La condition αλ=βλ\alpha_\lambda = \beta_\lambda est satisfaite pour chaque valeur propre, donc Φ\Phi est diagonalisable.

Le corollaire utilisé. Si un endomorphisme de dimension nn a nn valeurs propres distinctes, il est diagonalisable. C'est le cas le plus simple du critère, et il évite tout calcul de sous-espace propre pour décider.

8. Base de vecteurs propres. On cherche une base de chaque sous-espace propre, c'est-à-dire les noyaux de AaIA - aI, A2aIA - 2aI et A3aIA - 3aI :

AaI3=(0b00a2b002a),A2aI3=(ab0002b00a),A3aI3=(2ab00a2b000).A - aI_3 = \begin{pmatrix} 0 & b & 0 \\ 0 & a & 2b \\ 0 & 0 & 2a \end{pmatrix}, \qquad A - 2aI_3 = \begin{pmatrix} -a & b & 0 \\ 0 & 0 & 2b \\ 0 & 0 & a \end{pmatrix}, \qquad A - 3aI_3 = \begin{pmatrix} -2a & b & 0 \\ 0 & -a & 2b \\ 0 & 0 & 0 \end{pmatrix}.

Chacun est de dimension 11 (on le sait d'avance par la question 7 : les espaces propres sont de dimension 11), il suffit donc d'exhiber un vecteur non nul dans chacun.

  • Pour λ=a\lambda = a : AaIA - aI annule (1,0,0)T(1,0,0)^{\mathsf T}, donc Ea=Vect(1)E_a = \mathrm{Vect}\big(1\big).
  • Pour λ=2a\lambda = 2a : le système A2aIA - 2aI donne ax1+bx2=0-ax_1 + bx_2 = 0 et x3=0x_3 = 0 ; un vecteur solution est (ba,1,0)T\left(\frac{b}{a}, 1, 0\right)^{\mathsf T}, soit X+baX + \frac{b}{a}. Donc E2a=Vect(X+ba)E_{2a} = \mathrm{Vect}\left(X + \frac{b}{a}\right).
  • Pour λ=3a\lambda = 3a : le système A3aIA - 3aI donne 2ax1+bx2=0-2ax_1 + bx_2 = 0 et ax2+2bx3=0-ax_2 + 2bx_3 = 0, d'où x2=2bax3x_2 = \frac{2b}{a}x_3 et x1=b2ax2=b2a2x3x_1 = \frac{b}{2a}x_2 = \frac{b^2}{a^2}x_3. Avec x3=1x_3 = 1 : (b2a2,2ba,1)T\left(\frac{b^2}{a^2}, \frac{2b}{a}, 1\right)^{\mathsf T}, soit X2+2baX+b2a2X^2 + \frac{2b}{a}X + \frac{b^2}{a^2}.

Une base de vecteurs propres de R[X]2\mathbb{R}[X]_{\leq 2} est donc

{1, aX+b, X2+2baX+b2a2}.\left\{ 1, \ aX + b, \ X^2 + \frac{2b}{a}X + \frac{b^2}{a^2} \right\}.

Vérification directe du troisième vecteur propre. Posons P(X)=(X+ba)2P(X) = \left(X + \frac{b}{a}\right)^2. Alors

Φ(P)=((aX+b)P)=(a(X+ba)3)=3a(X+ba)2=3aP.\Phi(P) = \big((aX+b)P\big)' = \Big(a\Big(X+\frac{b}{a}\Big)^3\Big)' = 3a\Big(X+\frac{b}{a}\Big)^2 = 3a\,P.

Le vecteur propre associé à 3a3a est bien (X+ba)2\left(X + \frac{b}{a}\right)^2. Les trois vecteurs propres s'écrivent donc 11, X+baX + \frac{b}{a} et (X+ba)2\left(X+\frac{b}{a}\right)^2 — c'est-à-dire les puissances successives de Y=X+baY = X + \frac{b}{a}.

Ce n'est pas un hasard. Posons Y=X+baY = X + \frac{b}{a}, de sorte que Q(X)=aX+b=aYQ(X) = aX + b = aY. Pour P=YkP = Y^k :

Q(X)P(X)=aYYk=aYk+1,Φ(P)=(aYk+1)=(k+1)aYk,Q(X)P(X) = aY \cdot Y^k = aY^{k+1}, \qquad \Phi(P) = \big(aY^{k+1}\big)' = (k+1)aY^k,

puisque dYdX=1\frac{dY}{dX} = 1. Donc YkY^k est vecteur propre de Φ\Phi pour la valeur propre (k+1)a(k+1)a, et la base de vecteurs propres trouvée est exactement la base (1,Y,Y2)\left(1, Y, Y^2\right) des puissances de YY. Les valeurs propres a,2a,3aa, 2a, 3a sont les coefficients (k+1)a(k+1)a pour k=0,1,2k = 0, 1, 2.

#Exercice 6 — Un endomorphisme nilpotent : le décalage

Énoncé (examen 2025-2026, exercice 3).

On considère Kn\mathbb{K}^n muni de sa base canonique C=(e1,,en)\mathcal{C} = (e_1, \ldots, e_n) et l'application

g:KnKn,(x1,,xn)(0,x1,,xn1).g : \mathbb{K}^n \to \mathbb{K}^n, \qquad (x_1, \ldots, x_n) \mapsto (0, x_1, \ldots, x_{n-1}).

On note gkg^{\circ k} l'itérée kk-ième de gg (avec g0=Idg^{\circ 0} = \mathrm{Id}).

  1. Déterminer les images g(ei)g(e_i) et donner MatC,C(g)\operatorname{Mat}_{\mathcal{C},\mathcal{C}}(g).
  2. Montrer que B=(g(n1)(e1),,g(e1),e1)B = \big(g^{\circ(n-1)}(e_1), \ldots, g(e_1), e_1\big) est une base de Kn\mathbb{K}^n.
  3. Donner la matrice de gg dans cette base.
  4. Montrer que gng^{\circ n} est l'application nulle.
  5. Montrer que gg possède une unique valeur propre, la préciser, donner dimker(g)\dim \ker(g), et dire si gg est diagonalisable.
Correction détaillée

1. Par définition de gg, on a g(ei)=ei+1g(e_i) = e_{i+1} pour 1in11 \leq i \leq n-1 et g(en)=0g(e_n) = 0 (le décalage pousse ene_n hors de l'espace). Donc

MatC,C(g)=(0000100001000010).\operatorname{Mat}_{\mathcal{C},\mathcal{C}}(g) = \begin{pmatrix} 0 & 0 & \cdots & 0 & 0 \\ 1 & 0 & \cdots & 0 & 0 \\ 0 & 1 & \ddots & & \vdots \\ \vdots & \ddots & \ddots & 0 & 0 \\ 0 & \cdots & 0 & 1 & 0 \end{pmatrix}.

C'est la matrice de la transvection de décalage : des 11 juste sous la diagonale, des 00 partout ailleurs.

2. On déduit de g(ei)=ei+1g(e_i) = e_{i+1} la formule gk(e1)=ek+1g^{\circ k}(e_1) = e_{k+1} (récurrence immédiate). Donc

B=(g(n1)(e1),,g(e1),e1)=(en,en1,,e2,e1).B = \big(g^{\circ(n-1)}(e_1), \ldots, g(e_1), e_1\big) = \big(e_n, e_{n-1}, \ldots, e_2, e_1\big).

La famille BB n'est rien d'autre que la base canonique prise dans l'ordre inverse. C'est donc encore une famille libre de nn vecteurs dans un espace de dimension nn : c'est une base de Kn\mathbb{K}^n.

3. Dans cette base, gg agit par g(e1)=e2g(e_1) = e_2 (qui est le deuxième vecteur de BB en partant de la fin) et de façon générale gg envoie le kk-ième vecteur de BB sur le suivant. Plus explicitement, pour la base ordonnée (en,en1,,e1)(e_n, e_{n-1}, \ldots, e_1), l'image du kk-ième vecteur enk+1e_{n-k+1} est enk+2e_{n-k+2}, qui est le (k1)(k-1)-ième vecteur... la structure est un décalage vers le haut : la matrice est

MatB,B(g)=(01000010001000),\operatorname{Mat}_{B,B}(g) = \begin{pmatrix} 0 & 1 & 0 & \cdots & 0 \\ 0 & 0 & 1 & \ddots & \vdots \\ \vdots & & \ddots & \ddots & 0 \\ 0 & & & 0 & 1 \\ 0 & \cdots & \cdots & 0 & 0 \end{pmatrix},

c'est-à-dire la transposée de la matrice précédente : des 11 juste au-dessus de la diagonale. La première colonne est nulle car g(en)=0g(e_n) = 0 ; la dernière colonne correspond à g(e1)=e2g(e_1) = e_2, qui est l'avant-dernier vecteur de la base BB.

4. L'application gng^{\circ n} est linéaire ; il suffit donc de vérifier qu'elle annule les vecteurs d'une base, ceux de la base canonique. Pour 1in1 \leq i \leq n :

gn(ei)=gn(g(i1)(e1))=g(i1)(gn(e1))=g(i1)(0)=0,g^{\circ n}(e_i) = g^{\circ n}\big(g^{\circ(i-1)}(e_1)\big) = g^{\circ(i-1)}\big(g^{\circ n}(e_1)\big) = g^{\circ(i-1)}(0) = 0,

où l'on a utilisé que gng(i1)=g(i1)gng^{\circ n} \circ g^{\circ(i-1)} = g^{\circ(i-1)} \circ g^{\circ n} (deux itérées de la même application commutent) et que gn(e1)=en+1Kng^{\circ n}(e_1) = e_{n+1} \notin \mathbb{K}^n, donc gn(e1)=0g^{\circ n}(e_1) = 0. Donc gng^{\circ n} est nulle sur toute la base canonique, donc sur Kn\mathbb{K}^n : gn=0g^{\circ n} = 0.

Vocabulaire. Un endomorphisme dont une itérée est nulle est dit nilpotent ; on dit ici que gg est nilpotent d'indice nn (car g(n1)0g^{\circ(n-1)} \neq 0).

5. La matrice de gg dans la base canonique est triangulaire inférieure avec une diagonale entièrement nulle. Son polynôme caractéristique est donc

χg(X)=det(XInA)=Xn\chi_g(X) = \det(XI_n - A) = X^n

(le déterminant d'une matrice triangulaire est le produit de ses coefficients diagonaux, ici tous égaux à XX). Le polynôme caractéristique est scindé sur K\mathbb{K} et sa seule racine est 00, de multiplicité algébrique nn : 00 est l'unique valeur propre de gg.

Le noyau de gg est l'ensemble des (x1,,xn)(x_1, \ldots, x_n) tels que (0,x1,,xn1)=(0,,0)(0, x_1, \ldots, x_{n-1}) = (0, \ldots, 0), c'est-à-dire x1==xn1=0x_1 = \cdots = x_{n-1} = 0 : ker(g)=Vect(en)\ker(g) = \mathrm{Vect}(e_n), donc dimker(g)=1\dim \ker(g) = 1.

La multiplicité géométrique de la valeur propre 00 est donc 11, tandis que sa multiplicité algébrique est nn. La condition de diagonalisabilité α0=β0\alpha_0 = \beta_0 n'est satisfaite que si n=1n = 1 :

g est diagonalisable si et seulement si n=1.\boxed{g \text{ est diagonalisable si et seulement si } n = 1.}

Pour n2n \geq 2, gg n'est pas diagonalisable : le seul endomorphisme diagonalisable nilpotent est l'endomorphisme nul (une matrice diagonale nilpotente est nécessairement nulle, donc de noyau de dimension nn).

Ce que l'exercice enseigne. Le décalage est l'exemple canonique d'endomorphisme non diagonalisable mais trigonalisable : sa matrice dans la base BB est triangulaire (elle l'est même dans la base canonique). Sur C\mathbb{C}, tout endomorphisme dont le polynôme caractéristique est scindé est trigonalisable ; c'est ce que fait apparaître la base BB.

#Exercice 7 — Diagonalisation : polynôme caractéristique et sous-espaces propres

Énoncé (examen final 2024, exercice 2 ; examen type, exercice 2 ; épreuve du 11 octobre 2024, exercice 4).

On considère la matrice réelle

A=(455545554)A = \begin{pmatrix} -4 & -5 & 5 \\ -5 & -4 & -5 \\ 5 & -5 & -4 \end{pmatrix}

et on note ff l'endomorphisme de R3\mathbb{R}^3 associé dans la base canonique. On pose v=(2,1,1)Tv = (-2, -1, 1)^{\mathsf T}.

  1. Rappeler les définitions de valeur propre et de sous-espace propre.
  2. Calculer f(v)f(v). En déduire une valeur propre λ\lambda de AA et une base de ker(AλI)\ker(A - \lambda I).
  3. Calculer la trace de AA. Qu'en déduire sur les valeurs propres ? Donner le polynôme caractéristique factorisé.
  4. Qu'est-ce qu'une matrice diagonalisable ? Montrer que AA est diagonalisable.
  5. Donner une matrice inversible PP telle que P1APP^{-1}AP soit diagonale, et préciser cette matrice.
  6. On pose B={v,e1,e3}B = \{v, e_1, e_3\}e1=(1,0,0)Te_1 = (1,0,0)^{\mathsf T} et e3=(0,0,1)Te_3 = (0,0,1)^{\mathsf T}. Montrer que BB est une base de R3\mathbb{R}^3, exprimer e2e_2 dans cette base, puis calculer la matrice de ff dans BB.
Correction détaillée

1. Définitions. Soit AMn(K)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}). Un scalaire λK\lambda \in \mathbb{K} est une valeur propre de AA s'il existe un vecteur non nul XKnX \in \mathbb{K}^n tel que AX=λXAX = \lambda X. Un tel XX est un vecteur propre associé à λ\lambda.

Le sous-espace propre associé à λ\lambda est

Eλ(A)=ker(AλIn)={XKn:AX=λX}.E_\lambda(A) = \ker(A - \lambda I_n) = \{X \in \mathbb{K}^n : AX = \lambda X\}.

C'est un sous-espace vectoriel de Kn\mathbb{K}^n ; il contient le vecteur nul, mais par convention 00 n'est pas un vecteur propre.

2. Une première valeur propre. On calcule

Av=(455545554)(211)=(8+5+510+4510+54)=(1899)=9(211)=9v.Av = \begin{pmatrix} -4 & -5 & 5 \\ -5 & -4 & -5 \\ 5 & -5 & -4 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} -2 \\ -1 \\ 1 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 8 + 5 + 5 \\ 10 + 4 - 5 \\ -10 + 5 - 4 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 18 \\ 9 \\ -9 \end{pmatrix} = -9\begin{pmatrix} -2 \\ -1 \\ 1 \end{pmatrix} = -9v.

Donc vv est un vecteur propre de AA associé à la valeur propre λ=9\lambda = -9.

On résout ensuite (A+9I)X=0(A + 9I)X = 0 :

(A+9I3)=(555555555)=5(111111111).(A + 9I_3) = \begin{pmatrix} 5 & -5 & 5 \\ -5 & 5 & -5 \\ 5 & -5 & 5 \end{pmatrix} = 5\begin{pmatrix} 1 & -1 & 1 \\ -1 & 1 & -1 \\ 1 & -1 & 1 \end{pmatrix}.

Les trois lignes sont proportionnelles ; le noyau est donné par l'équation unique xy+z=0x - y + z = 0. C'est l'équation d'un plan de R3\mathbb{R}^3, donc

E9={(x,y,z):xy+z=0}=Vect((1,1,0),(1,0,1)),E_{-9} = \{(x,y,z) : x - y + z = 0\} = \mathrm{Vect}\big((1,1,0), (1,0,-1)\big),

ces deux vecteurs étant non colinéaires. La multiplicité géométrique de 9-9 vaut donc 22.

3. Trace et polynôme caractéristique. La trace est la somme des coefficients diagonaux :

tr(A)=444=12.\operatorname{tr}(A) = -4 - 4 - 4 = -12.

La somme des valeurs propres, comptées avec leur multiplicité algébrique, égale la trace. Comme 9-9 est valeur propre de multiplicité géométrique 22, sa multiplicité algébrique β9\beta_{-9} vérifie β92\beta_{-9} \geq 2. Notons μ\mu la valeur propre restante, de multiplicité algébrique 11 (le polynôme caractéristique est de degré 33). Alors

12=tr(A)=2(9)+μ=18+μμ=6.-12 = \operatorname{tr}(A) = 2(-9) + \mu = -18 + \mu \quad \Longrightarrow \quad \mu = 6.

Donc 66 est valeur propre. Vérifions-le directement : (A6I3)X=0(A - 6I_3)X = 0 s'écrit

(105551055510)(xyz)=(10x5y+5z5x10y5z5x5y10z)=0.\begin{pmatrix} -10 & -5 & 5 \\ -5 & -10 & -5 \\ 5 & -5 & -10 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} x \\ y \\ z \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} -10x - 5y + 5z \\ -5x - 10y - 5z \\ 5x - 5y - 10z \end{pmatrix} = 0.

La première équation donne 2xy+z=0-2x - y + z = 0, soit z=2x+yz = 2x + y. En reportant dans la troisième : 5x5y10(2x+y)=15x15y=05x - 5y - 10(2x+y) = -15x - 15y = 0, donc y=xy = -x, puis z=2xx=xz = 2x - x = x. Le sous-espace propre est donc E6=Vect((1,1,1))E_6 = \mathrm{Vect}\big((1,-1,1)\big), de dimension 11.

Le polynôme caractéristique se factorise donc en

χA(X)=(X+9)2(X6)\chi_A(X) = -(X+9)^2(X-6)

(le signe venant de la convention : det(AXI3)=(X+9)2(X6)\det(A - XI_3) = -(X+9)^2(X-6), et det(XI3A)=(X+9)2(X6)\det(XI_3 - A) = (X+9)^2(X-6)). La forme factorisée en facteurs linéaires est bien obtenue.

4. Diagonalisabilité. Une matrice AMn(K)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) est diagonalisable si elle est semblable à une matrice diagonale : il existe PP inversible et DD diagonale telles que A=PDP1A = PDP^{-1}. De façon équivalente, il existe une base de Kn\mathbb{K}^n formée de vecteurs propres de AA.

Ici, χA\chi_A est scindé sur R\mathbb{R} (racines 9-9 et 66, toutes réelles), et pour chaque valeur propre la multiplicité géométrique égale la multiplicité algébrique :

  • λ=9\lambda = -9 : α9=dimE9=2=β9\alpha_{-9} = \dim E_{-9} = 2 = \beta_{-9}
  • λ=6\lambda = 6 : α6=dimE6=1=β6\alpha_6 = \dim E_6 = 1 = \beta_6

Le critère de diagonalisabilité est satisfait pour les deux valeurs propres, donc AA est diagonalisable.

Argument plus rapide. AA est une matrice symétrique réelle (A=ATA = A^{\mathsf T} : on vérifie a12=5=a21a_{12} = -5 = a_{21}, a13=5=a31a_{13} = 5 = a_{31}, a23=5=a32a_{23} = -5 = a_{32}). Or toute matrice symétrique réelle est diagonalisable dans R\mathbb{R}, et même dans une base orthonormée. C'est un raccourci considérable : voir la symétrie dispense de tout calcul de multiplicités.

5. Diagonalisation explicite. On concatène les bases des sous-espaces propres :

P=(111101011),P1AP=D=(900090006).P = \begin{pmatrix} 1 & 1 & 1 \\ 1 & 0 & -1 \\ 0 & -1 & 1 \end{pmatrix}, \qquad P^{-1}AP = D = \begin{pmatrix} -9 & 0 & 0 \\ 0 & -9 & 0 \\ 0 & 0 & 6 \end{pmatrix}.

Les colonnes de PP sont, dans l'ordre, un vecteur de E9E_{-9}, un second vecteur de E9E_{-9} (indépendant du premier), et le vecteur de E6E_6. Les valeurs propres sur la diagonale de DD suivent le même ordre que les colonnes de PP : c'est le point qu'on oublie le plus souvent.

Vérification par la trace et le déterminant. tr(D)=99+6=12=tr(A)\operatorname{tr}(D) = -9 - 9 + 6 = -12 = \operatorname{tr}(A) ✓. Et det(A)=det(D)=(9)26=486\det(A) = \det(D) = (-9)^2 \cdot 6 = 486. On vérifie directement : detA=4(1625)+5(20+25)+5(25+20)=36+225+225=486\det A = -4(16 - 25) + 5(20 + 25) + 5(25 + 20) = 36 + 225 + 225 = 486 ✓. Ces deux contrôles gratuits détectent la plupart des erreurs de calcul.

6. La base B={v,e1,e3}B = \{v, e_1, e_3\}. Montrons que BB est libre. Soient x,y,zRx, y, z \in \mathbb{R} tels que xv+ye1+ze3=0xv + ye_1 + ze_3 = 0 :

x(211)+y(100)+z(001)=(2x+yxx+z)=(000).x\begin{pmatrix} -2 \\ -1 \\ 1 \end{pmatrix} + y\begin{pmatrix} 1 \\ 0 \\ 0 \end{pmatrix} + z\begin{pmatrix} 0 \\ 0 \\ 1 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} -2x + y \\ -x \\ x + z \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 0 \\ 0 \\ 0 \end{pmatrix}.

La deuxième ligne donne x=0x = 0 ; la première donne alors y=0y = 0 ; la troisième donne z=0z = 0. La famille est donc libre, et comme elle compte 33 vecteurs dans un espace de dimension 33, c'est une base de R3\mathbb{R}^3.

Exprimons e2=(0,1,0)Te_2 = (0,1,0)^{\mathsf T} dans cette base. On cherche α,β,γ\alpha, \beta, \gamma tels que αv+βe1+γe3=e2\alpha v + \beta e_1 + \gamma e_3 = e_2 :

{2α+β=0α=1α+γ=0    α=1,β=2,γ=1.\begin{cases} -2\alpha + \beta = 0 \\ -\alpha = 1 \\ \alpha + \gamma = 0 \end{cases} \implies \alpha = -1, \quad \beta = -2, \quad \gamma = 1.

Donc e2=v2e1+e3e_2 = -v - 2e_1 + e_3.

Calculons enfin la matrice de ff dans BB : on exprime f(v)f(v), f(e1)f(e_1) et f(e3)f(e_3) dans la base BB.

  • f(v)=9vf(v) = -9v, donc la première colonne est (9,0,0)T(-9, 0, 0)^{\mathsf T}.
  • f(e1)=f(e_1) = première colonne de AA =(4,5,5)T= (-4, -5, 5)^{\mathsf T}. On remplace e2e_2 par son expression : (4,5,5)=4e15e2+5e3=4e15(v2e1+e3)+5e3=5v+6e1+0e3(-4,-5,5) = -4e_1 - 5e_2 + 5e_3 = -4e_1 - 5(-v - 2e_1 + e_3) + 5e_3 = 5v + 6e_1 + 0 \cdot e_3. Deuxième colonne : (5,6,0)T(5, 6, 0)^{\mathsf T}.
  • f(e3)=f(e_3) = troisième colonne de AA =(5,5,4)T= (5, -5, -4)^{\mathsf T}. Alors (5,5,4)=5e15e24e3=5e15(v2e1+e3)4e3=5v+15e19e3(5,-5,-4) = 5e_1 - 5e_2 - 4e_3 = 5e_1 - 5(-v-2e_1+e_3) - 4e_3 = 5v + 15e_1 - 9e_3. Troisième colonne : (5,15,9)T(5, 15, -9)^{\mathsf T}.

D'où

MatB(f)=(9550615009).\operatorname{Mat}_{B}(f) = \begin{pmatrix} -9 & 5 & 5 \\ 0 & 6 & 15 \\ 0 & 0 & -9 \end{pmatrix}.

Vérification. La trace doit être invariante par changement de base : 9+69=12=tr(A)-9 + 6 - 9 = -12 = \operatorname{tr}(A) ✓. La matrice est triangulaire, ses coefficients diagonaux sont 9,6,9-9, 6, -9 : ce sont bien les valeurs propres de AA, avec les mêmes multiplicités. Cette question, notée comme indépendante dans le sujet, montre comment lire les valeurs propres sur une matrice triangulaire sans aucun calcul de polynôme caractéristique.

#Exercice 8 — Changement de base et puissances d'une matrice

Énoncé (examen type, exercice 3).

On considère l'endomorphisme ff de R3\mathbb{R}^3 dont la matrice dans la base canonique B\mathcal{B} est

A=(2121561114611).A = \begin{pmatrix} -2 & -1 & 2 \\ -15 & -6 & 11 \\ -14 & -6 & 11 \end{pmatrix}.

Soit B1=(u,v,w)\mathcal{B}_1 = (u, v, w) avec u=(1,1,2)Tu = (1,1,2)^{\mathsf T}, v=(0,3,2)Tv = (0,3,2)^{\mathsf T} et w=(0,0,1)Tw = (0,0,1)^{\mathsf T}.

  1. La famille B1\mathcal{B}_1 est-elle une base de R3\mathbb{R}^3 ? Qu'est-ce que la matrice PP correspondante ?
  2. Calculer la matrice TT de ff dans la base B1\mathcal{B}_1.
  3. Vérifier la relation de changement de base.
  4. Montrer que T=I3+BT = I_3 + BBB est nilpotente, et en déduire TkT^k pour tout kNk \in \mathbb{N}.
  5. En déduire AkA^k pour tout kNk \in \mathbb{N}.
Correction détaillée

1. La matrice dont les colonnes sont u,v,wu, v, w est

P=(100130221),detP=1(3102)0+0=30P = \begin{pmatrix} 1 & 0 & 0 \\ 1 & 3 & 0 \\ 2 & 2 & 1 \end{pmatrix}, \qquad \det P = 1 \cdot (3 \cdot 1 - 0 \cdot 2) - 0 + 0 = 3 \neq 0

(la matrice est triangulaire inférieure, son déterminant est le produit des coefficients diagonaux 131=31 \cdot 3 \cdot 1 = 3). Comme detP0\det P \neq 0, la famille est libre ; elle compte 33 vecteurs dans un espace de dimension 33, c'est donc une base de R3\mathbb{R}^3.

La matrice PP est la matrice de passage de la base canonique B\mathcal{B} vers la base B1\mathcal{B}_1 : ses colonnes contiennent les coordonnées des vecteurs de la nouvelle base exprimées dans l'ancienne.

2. Matrice de ff dans B1\mathcal{B}_1. Deux méthodes.

Méthode directe (celle du corrigé officiel). On calcule l'image de chaque vecteur de B1\mathcal{B}_1 et on l'exprime dans B1\mathcal{B}_1.

Au=(2121561114611)(112)=(21+4156+22146+22)=(112)=u=1u+0v+0w.Au = \begin{pmatrix} -2 & -1 & 2 \\ -15 & -6 & 11 \\ -14 & -6 & 11 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 1 \\ 1 \\ 2 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} -2 - 1 + 4 \\ -15 - 6 + 22 \\ -14 - 6 + 22 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 1 \\ 1 \\ 2 \end{pmatrix} = u = 1 \cdot u + 0 \cdot v + 0 \cdot w.

Av=(2121561114611)(032)=(3+418+2218+22)=(144)=u+v.Av = \begin{pmatrix} -2 & -1 & 2 \\ -15 & -6 & 11 \\ -14 & -6 & 11 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 0 \\ 3 \\ 2 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} -3 + 4 \\ -18 + 22 \\ -18 + 22 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 1 \\ 4 \\ 4 \end{pmatrix} = u + v.

Aw=(2121561114611)(001)=(21111)=2u+3v+w.Aw = \begin{pmatrix} -2 & -1 & 2 \\ -15 & -6 & 11 \\ -14 & -6 & 11 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 0 \\ 0 \\ 1 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 2 \\ 11 \\ 11 \end{pmatrix} = 2u + 3v + w.

Donc

T=MatB1(f)=(112013001)=I3+B,B=(012003000).T = \operatorname{Mat}_{\mathcal{B}_1}(f) = \begin{pmatrix} 1 & 1 & 2 \\ 0 & 1 & 3 \\ 0 & 0 & 1 \end{pmatrix} = I_3 + B, \qquad B = \begin{pmatrix} 0 & 1 & 2 \\ 0 & 0 & 3 \\ 0 & 0 & 0 \end{pmatrix}.

3. Relation de changement de base. La formule du cours est A=PTP1A = PTP^{-1}, soit T=P1APT = P^{-1}AP. On vérifie :

P1=13(300110423)P^{-1} = \frac{1}{3}\begin{pmatrix} 3 & 0 & 0 \\ -1 & 1 & 0 \\ -4 & -2 & 3 \end{pmatrix}

(obtenu par pivot ou par la formule des cofacteurs). On peut alors contrôler que PTP1=APTP^{-1} = A en développant le produit, ou plus économiquement vérifier que AP=PTAP = PT : les deux matrices ont pour colonnes les images de u,v,wu, v, w, exprimées soit dans B\mathcal{B} (à gauche), soit dans B1\mathcal{B}_1 puis reconverties par PP (à droite). Cette vérification est plus rapide et détecte les erreurs d'inversion de PP.

4. Puissances de TT. Calculons les puissances de BB :

B2=(012003000)2=(003000000),B3=B2B=0.B^2 = \begin{pmatrix} 0 & 1 & 2 \\ 0 & 0 & 3 \\ 0 & 0 & 0 \end{pmatrix}^2 = \begin{pmatrix} 0 & 0 & 3 \\ 0 & 0 & 0 \\ 0 & 0 & 0 \end{pmatrix}, \qquad B^3 = B^2 \cdot B = 0.

La matrice BB est donc nilpotente d'indice 33. Comme BB commute avec I3I_3, on peut appliquer la formule du binôme de Newton à Tk=(I3+B)kT^k = (I_3 + B)^k :

Tk=j=0k(kj)Bj=I3+kB+k(k1)2B2T^k = \sum_{j=0}^{k} \binom{k}{j} B^j = I_3 + kB + \frac{k(k-1)}{2}B^2

car tous les termes d'ordre 3\geq 3 sont nuls. En remplaçant BB et B2B^2 :

Tk=(100010001)+k(012003000)+k(k1)2(003000000)=(1k2k+3k(k1)2013k001).T^k = \begin{pmatrix} 1 & 0 & 0 \\ 0 & 1 & 0 \\ 0 & 0 & 1 \end{pmatrix} + k\begin{pmatrix} 0 & 1 & 2 \\ 0 & 0 & 3 \\ 0 & 0 & 0 \end{pmatrix} + \frac{k(k-1)}{2}\begin{pmatrix} 0 & 0 & 3 \\ 0 & 0 & 0 \\ 0 & 0 & 0 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 1 & k & 2k + \frac{3k(k-1)}{2} \\ 0 & 1 & 3k \\ 0 & 0 & 1 \end{pmatrix}.

En développant le coefficient (1,3)(1,3) : 2k+3k23k2=4k+3k23k2=3k2+k22k + \frac{3k^2 - 3k}{2} = \frac{4k + 3k^2 - 3k}{2} = \frac{3k^2 + k}{2}. Donc

Tk=(1k3k2+k2013k001).T^k = \begin{pmatrix} 1 & k & \dfrac{3k^2+k}{2} \\ 0 & 1 & 3k \\ 0 & 0 & 1 \end{pmatrix}.

5. Puissances de AA. De A=PTP1A = PTP^{-1} on déduit Ak=PTkP1A^k = PT^kP^{-1} (récurrence immédiate : Ak=(PTP1)k=PTkP1A^k = (PTP^{-1})^k = PT^kP^{-1}, les P1PP^{-1}P intermédiaires se simplifiant). Donc

Ak=13(100130221)(1k3k2+k2013k001)(300110423).A^k = \frac{1}{3}\begin{pmatrix} 1 & 0 & 0 \\ 1 & 3 & 0 \\ 2 & 2 & 1 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 1 & k & \frac{3k^2+k}{2} \\ 0 & 1 & 3k \\ 0 & 0 & 1 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 3 & 0 & 0 \\ -1 & 1 & 0 \\ -4 & -2 & 3 \end{pmatrix}.

Le calcul explicite est laissé au lecteur ; le corrigé officiel le signale comme tel. La méthode est ce qu'il faut retenir.

Pourquoi TkT^k et non AkA^k directement ? Parce que TT est triangulaire avec des 11 sur la diagonale : elle s'écrit I+BI + B avec BB nilpotente, et la formule du binôme s'arrête après deux termes. C'est exactement la situation où la trigonalisation remplace la diagonalisation : quand une matrice n'est pas diagonalisable, on la met sous forme triangulaire et les puissances restent calculables grâce à la nilpotence de la partie au-dessus de la diagonale.

#Exercice 9 — Sous-espaces stables et points fixes

Énoncé (examen final 2024, exercice 3).

Soit uu l'endomorphisme de R3\mathbb{R}^3 canoniquement associé à la matrice

A=(144133023).A = \begin{pmatrix} 1 & 4 & 4 \\ -1 & -3 & -3 \\ 0 & 2 & 3 \end{pmatrix}.

On note E={xR3:u(x)=x}E = \{x \in \mathbb{R}^3 : u(x) = x\} et B1=(a,b,c)\mathcal{B}_1 = (a, b, c) avec a=(1,1,1)Ta = (1,-1,1)^{\mathsf T}, b=(2,1,1)Tb = (2,-1,1)^{\mathsf T}, c=(2,2,1)Tc = (2,-2,1)^{\mathsf T}.

  1. Montrer que EE est un sous-espace vectoriel de R3\mathbb{R}^3.
  2. Montrer que B1\mathcal{B}_1 est une base de R3\mathbb{R}^3, et préciser la matrice de passage.
  3. Calculer la matrice RR de uu dans la base B1\mathcal{B}_1.
Correction détaillée

1. EE est un sous-espace vectoriel. Par définition, E=ker(uId)E = \ker(u - \mathrm{Id}), le noyau de l'application linéaire uIdu - \mathrm{Id}. On peut le vérifier directement :

  • 0E0 \in E car u(0)=0u(0) = 0, donc EE \neq \emptyset ;
  • si x,yEx, y \in E et λR\lambda \in \mathbb{R}, alors u(x+λy)=u(x)+λu(y)=x+λyu(x + \lambda y) = u(x) + \lambda u(y) = x + \lambda y par linéarité de uu, donc x+λyEx + \lambda y \in E.

L'ensemble EE est donc bien un sous-espace vectoriel de R3\mathbb{R}^3. C'est l'espace propre de uu associé à la valeur propre 11 : les points fixes de uu.

2. B1\mathcal{B}_1 est une base. La matrice dont les colonnes sont a,b,ca, b, c est

P=(122112111).P = \begin{pmatrix} 1 & 2 & 2 \\ -1 & -1 & -2 \\ 1 & 1 & 1 \end{pmatrix}.

On calcule son déterminant en développant selon la première ligne :

detP=1121121211+21111=1(1+2)2(1+2)+2(1+1)=12+0=10.\det P = 1 \cdot \begin{vmatrix} -1 & -2 \\ 1 & 1 \end{vmatrix} - 2 \cdot \begin{vmatrix} -1 & -2 \\ 1 & 1 \end{vmatrix} + 2 \cdot \begin{vmatrix} -1 & -1 \\ 1 & 1 \end{vmatrix} = 1(-1+2) - 2(-1+2) + 2(-1+1) = 1 - 2 + 0 = -1 \neq 0.

Comme detP0\det P \neq 0, la famille est libre ; avec 33 vecteurs en dimension 33, c'est une base de R3\mathbb{R}^3. La matrice PP est la matrice de passage de la base canonique vers B1\mathcal{B}_1.

3. Matrice de uu dans B1\mathcal{B}_1. Deux méthodes possibles : calculer P1APP^{-1}AP, ou calculer directement l'action de uu sur les vecteurs de B1\mathcal{B}_1 et exprimer les résultats dans B1\mathcal{B}_1.

Méthode directe. On calcule les images :

Aa=(144133023)(111)=(14+41+332+3)=(111)=a=1a+0b+0c.Aa = \begin{pmatrix} 1 & 4 & 4 \\ -1 & -3 & -3 \\ 0 & 2 & 3 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 1 \\ -1 \\ 1 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 1 - 4 + 4 \\ -1 + 3 - 3 \\ -2 + 3 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 1 \\ -1 \\ 1 \end{pmatrix} = a = 1a + 0b + 0c.

Ab=(144133023)(211)=(24+42+332+3)=(221)=c=0a+0b+1c.Ab = \begin{pmatrix} 1 & 4 & 4 \\ -1 & -3 & -3 \\ 0 & 2 & 3 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 2 \\ -1 \\ 1 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 2 - 4 + 4 \\ -2 + 3 - 3 \\ -2 + 3 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 2 \\ -2 \\ 1 \end{pmatrix} = c = 0a + 0b + 1c.

Ac=(144133023)(221)=(28+42+634+3)=(211)=b=0a+(1)b+0c.Ac = \begin{pmatrix} 1 & 4 & 4 \\ -1 & -3 & -3 \\ 0 & 2 & 3 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 2 \\ -2 \\ 1 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 2 - 8 + 4 \\ -2 + 6 - 3 \\ -4 + 3 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} -2 \\ 1 \\ -1 \end{pmatrix} = -b = 0a + (-1)b + 0c.

Donc

R=MatB1(u)=(100001010).R = \operatorname{Mat}_{\mathcal{B}_1}(u) = \begin{pmatrix} 1 & 0 & 0 \\ 0 & 0 & -1 \\ 0 & 1 & 0 \end{pmatrix}.

Interprétation. La base B1\mathcal{B}_1 est choisie de sorte que aa soit un vecteur propre de valeur propre 11 (c'est un point fixe) et que le plan Vect(b,c)\mathrm{Vect}(b, c) soit stable par uu, la restriction de uu à ce plan étant une rotation d'un quart de tour (bcbb \mapsto c \mapsto -b). La matrice RR est la matrice par blocs d'une telle situation :

R=(100Rπ/2),Rπ/2=(0110).R = \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & R_{\pi/2} \end{pmatrix}, \qquad R_{\pi/2} = \begin{pmatrix} 0 & -1 \\ 1 & 0 \end{pmatrix}.

Le lien avec les valeurs propres. Le polynôme caractéristique de RR, qui est le même que celui de AA (la trace et le déterminant sont invariants par changement de base), vaut χ(X)=(X1)(X2+1)\chi(X) = (X-1)(X^2+1). Les valeurs propres complexes de uu sont donc 11, ii et i-i : uu n'est pas diagonalisable sur R\mathbb{R}, mais elle l'est sur C\mathbb{C} (trois valeurs propres distinctes). Sur R\mathbb{R}, la forme la plus simple atteignable est celle de RR, avec un bloc de rotation 2×22 \times 2 — c'est la réduction dite « de Dunford » sur R\mathbb{R}.

#Exercice 10 — Produit scalaire, orthogonalité et Gram-Schmidt

Énoncé (examen final 2024, exercice 4 ; épreuve du 11 octobre 2024, exercice 4 ; Fondements mathématiques 1, 27 juin 2019, partie algèbre, exercice 2).

Dans R3\mathbb{R}^3 muni du produit scalaire usuel, on considère les vecteurs

f1=(1,2,0),f2=(1,1,1),f3=(2,1,3).f_1 = (1,-2,0), \qquad f_2 = (1,1,1), \qquad f_3 = (2,1,3).

  1. Calculer f1,f2\langle f_1, f_2 \rangle et f3\|f_3\|.
  2. Les vecteurs f1f_1 et f3f_3 sont-ils orthogonaux ?
  3. Calculer det(f1,f2,f3)\det(f_1, f_2, f_3). La famille est-elle une base de R3\mathbb{R}^3 ?
  4. Construire une base orthogonale de R3\mathbb{R}^3 à partir de (f1,f2,f3)(f_1, f_2, f_3) par le procédé de Gram-Schmidt.
  5. Dans R4\mathbb{R}^4, on considère v1=(1,2,1,1)v_1 = (1,2,-1,1) et v2=(0,3,1,1)v_2 = (0,3,1,-1), et F=Vect(v1,v2)F = \mathrm{Vect}(v_1, v_2). Donner une base orthonormée de FF et un système d'équations caractérisant FF^\perp.
Correction détaillée

1. Le produit scalaire usuel est x,y=ixiyi\langle x, y \rangle = \sum_i x_iy_i :

f1,f2=11+(2)1+01=12=1,\langle f_1, f_2 \rangle = 1 \cdot 1 + (-2) \cdot 1 + 0 \cdot 1 = 1 - 2 = -1, f3=f3,f3=22+12+32=4+1+9=14.\|f_3\| = \sqrt{\langle f_3, f_3 \rangle} = \sqrt{2^2 + 1^2 + 3^2} = \sqrt{4 + 1 + 9} = \sqrt{14}.

2. f1,f3=12+(2)1+03=22=0\langle f_1, f_3 \rangle = 1 \cdot 2 + (-2) \cdot 1 + 0 \cdot 3 = 2 - 2 = 0. Donc f1f_1 et f3f_3 sont orthogonaux.

3. On développe le déterminant selon la première colonne, ou on élimine par pivot :

det(f1,f2,f3)=112211013L2L2+2L1112035013=13513=95=40.\det(f_1, f_2, f_3) = \begin{vmatrix} 1 & 1 & 2 \\ -2 & 1 & 1 \\ 0 & 1 & 3 \end{vmatrix} \xrightarrow{L_2 \leftarrow L_2 + 2L_1} \begin{vmatrix} 1 & 1 & 2 \\ 0 & 3 & 5 \\ 0 & 1 & 3 \end{vmatrix} = 1 \cdot \begin{vmatrix} 3 & 5 \\ 1 & 3 \end{vmatrix} = 9 - 5 = 4 \neq 0.

La famille est libre ; elle compte 33 vecteurs dans un espace de dimension 33, c'est donc une base de R3\mathbb{R}^3.

4. Gram-Schmidt. Le procédé construit des vecteurs deux à deux orthogonaux en soustrayant à chaque nouveau vecteur ses projections sur les précédents.

Étape 1. On pose g1=f1=(1,2,0)g_1 = f_1 = (1,-2,0). Comme f3f_3 est déjà orthogonal à f1f_1 (question 2), il sera orthogonal à g1g_1.

Étape 2. On orthogonalise f2f_2 par rapport à g1g_1 :

f2,g1=1,g1,g1=1+4=5,\langle f_2, g_1 \rangle = -1, \qquad \langle g_1, g_1 \rangle = 1 + 4 = 5, g2=f2f2,g1g1,g1g1=(1,1,1)+15(1,2,0)=(65,35,1).g_2 = f_2 - \frac{\langle f_2, g_1 \rangle}{\langle g_1, g_1 \rangle}g_1 = (1,1,1) + \frac{1}{5}(1,-2,0) = \left(\frac{6}{5}, \frac{3}{5}, 1\right).

Étape 3. On orthogonalise f3f_3 par rapport à g1g_1 et g2g_2. On a f3,g1=0\langle f_3, g_1 \rangle = 0 (question 2) et

f3,g2=265+135+31=12+3+155=305=6,g2,g2=36+9+2525=7025=145.\langle f_3, g_2 \rangle = 2 \cdot \frac{6}{5} + 1 \cdot \frac{3}{5} + 3 \cdot 1 = \frac{12 + 3 + 15}{5} = \frac{30}{5} = 6, \qquad \langle g_2, g_2 \rangle = \frac{36 + 9 + 25}{25} = \frac{70}{25} = \frac{14}{5}.

g3=f3f3,g1g1,g1g1f3,g2g2,g2g2=(2,1,3)0g1614/5(65,35,1)=(2,1,3)3014(65,35,1).g_3 = f_3 - \frac{\langle f_3, g_1 \rangle}{\langle g_1, g_1 \rangle}g_1 - \frac{\langle f_3, g_2 \rangle}{\langle g_2, g_2 \rangle}g_2 = (2,1,3) - 0 \cdot g_1 - \frac{6}{14/5}\left(\frac{6}{5}, \frac{3}{5}, 1\right) = (2,1,3) - \frac{30}{14}\left(\frac{6}{5},\frac{3}{5},1\right).

En simplifiant 3014=157\frac{30}{14} = \frac{15}{7} :

g3=(2,1,3)157(65,35,1)=(2,1,3)(187,97,157)=(14187,797,21157)=(47,27,67).g_3 = (2,1,3) - \frac{15}{7}\left(\frac{6}{5},\frac{3}{5},1\right) = (2,1,3) - \left(\frac{18}{7}, \frac{9}{7}, \frac{15}{7}\right) = \left(\frac{14 - 18}{7}, \frac{7-9}{7}, \frac{21-15}{7}\right) = \left(-\frac{4}{7}, -\frac{2}{7}, \frac{6}{7}\right).

Vérifications. g3,g1=472(27)+0=47+47=0\langle g_3, g_1 \rangle = -\frac{4}{7} - 2\left(-\frac{2}{7}\right) + 0 = -\frac{4}{7} + \frac{4}{7} = 0 ✓. Et g3,g2=47652735+671=246+3035=0\langle g_3, g_2 \rangle = -\frac{4}{7}\cdot\frac{6}{5} - \frac{2}{7}\cdot\frac{3}{5} + \frac{6}{7}\cdot 1 = \frac{-24 - 6 + 30}{35} = 0 ✓.

Une base orthogonale de R3\mathbb{R}^3 est donc

{(1,2,0), (65,35,1), (47,27,67)}.\left\{ (1,-2,0), \ \left(\frac{6}{5},\frac{3}{5},1\right), \ \left(-\frac{4}{7},-\frac{2}{7},\frac{6}{7}\right) \right\}.

En multipliant chaque vecteur par un scalaire non nul, on obtient une base à coefficients entiers plus agréable :

{(1,2,0), (6,3,5), (2,1,3)}.\left\{ (1,-2,0), \ (6,3,5), \ (-2,-1,3) \right\}.

5. Base orthonormée de FF et équations de FF^\perp.

Base orthonormée. On orthonormalise v1,v2v_1, v_2. D'abord

v12=1+4+1+1=7,g1=17(1,2,1,1).\|v_1\|^2 = 1 + 4 + 1 + 1 = 7, \qquad g_1 = \frac{1}{\sqrt{7}}(1,2,-1,1).

Puis v2,v1=0+611=4\langle v_2, v_1 \rangle = 0 + 6 - 1 - 1 = 4, donc

u2=v2v2,v1v1,v1v1=(0,3,1,1)47(1,2,1,1)=(47,137,117,117).u_2 = v_2 - \frac{\langle v_2, v_1 \rangle}{\langle v_1, v_1 \rangle}v_1 = (0,3,1,-1) - \frac{4}{7}(1,2,-1,1) = \left(-\frac{4}{7}, \frac{13}{7}, \frac{11}{7}, -\frac{11}{7}\right).

Sa norme vaut

u22=16+169+121+12149=42749=617,u2=617=4277.\|u_2\|^2 = \frac{16 + 169 + 121 + 121}{49} = \frac{427}{49} = \frac{61}{7}, \qquad \|u_2\| = \sqrt{\frac{61}{7}} = \frac{\sqrt{427}}{7}.

Une base orthonormée de FF est donc

{17(1,2,1,1), 1427(4,13,11,11)}.\left\{ \frac{1}{\sqrt{7}}(1,2,-1,1), \ \frac{1}{\sqrt{427}}(-4, 13, 11, -11) \right\}.

Équations de FF^\perp. Par définition, FF^\perp est l'ensemble des vecteurs orthogonaux à tous les vecteurs de FF, et comme F=Vect(v1,v2)F = \mathrm{Vect}(v_1, v_2), il suffit d'être orthogonal à v1v_1 et v2v_2 :

F={(x1,x2,x3,x4):x1+2x2x3+x4=0 et 3x2+x3x4=0}.F^\perp = \{(x_1,x_2,x_3,x_4) : x_1 + 2x_2 - x_3 + x_4 = 0 \ \text{et} \ 3x_2 + x_3 - x_4 = 0\}.

C'est un système de deux équations indépendantes (les deux formes linéaires ne sont pas proportionnelles), donc FF^\perp est de dimension 42=24 - 2 = 2 : cohérent avec dimF=2\dim F = 2 et dimF+dimF=4\dim F + \dim F^\perp = 4.

Résolution explicite (pour contrôle). De la seconde équation, x4=3x2+x3x_4 = 3x_2 + x_3. En reportant dans la première : x1+2x2x3+3x2+x3=0x_1 + 2x_2 - x_3 + 3x_2 + x_3 = 0, soit x1=5x2x_1 = -5x_2. Donc

F={(5x2, x2, x3, 3x2+x3):x2,x3R}=Vect((5,1,0,3), (0,0,1,1)).F^\perp = \left\{ \left(-5x_2, \ x_2, \ x_3, \ 3x_2 + x_3\right) : x_2, x_3 \in \mathbb{R} \right\} = \mathrm{Vect}\big((-5,1,0,3), \ (0,0,1,1)\big).

Ce qu'il faut retenir. Gram-Schmidt est une récurrence : à l'étape kk, on soustrait au vecteur courant ses projections sur tous les vecteurs orthogonaux déjà construits. Le contrôle final (orthogonalité deux à deux, et conservation du sous-espace engendré) doit être systématique — c'est là que se glissent les erreurs de signe.

#Exercice 11 — Matrices élémentaires et opérations sur les lignes

Énoncé (Fondements mathématiques 1, 4 janvier 2023, partie algèbre, exercice 2).

On considère les matrices réelles

A=(221222132),B=(121212131).A = \begin{pmatrix} -2 & -2 & 1 \\ 2 & -2 & 2 \\ 1 & -3 & -2 \end{pmatrix}, \qquad B = \begin{pmatrix} 1 & -2 & 1 \\ 2 & 1 & 2 \\ 1 & -3 & 1 \end{pmatrix}.

  1. Rappeler l'effet du produit Ti,j(λ)MT_{i,j}(\lambda)M sur les lignes de MM. Préciser C=T2,1(2)BC = T_{2,1}(-2)B, D=T3,1(1)CD = T_{3,1}(-1)C, E=T3,2(1/5)DE = T_{3,2}(1/5)D. La matrice EE est-elle inversible ?
  2. Calculer AATA - A^{\mathsf T}, où ATA^{\mathsf T} désigne la transposée de AA.
  3. Calculer les déterminants de AA et de BB. Ces matrices sont-elles inversibles ?
  4. Déterminer les (x,y,z)R3(x,y,z) \in \mathbb{R}^3 tels que B(x,y,z)T=0B(x,y,z)^{\mathsf T} = 0.
  5. Déterminer matriciellement les (x,y,z)(x,y,z) solutions du système 2x2y+z=0-2x - 2y + z = 0, 2x2y+2z=02x - 2y + 2z = 0, x3y2z=0x - 3y - 2z = 0.
Correction détaillée

1. Matrices élémentaires. Par définition, Ti,j(λ)T_{i,j}(\lambda) est la matrice identité modifiée par un coefficient λ\lambda en position (i,j)(i,j). Multiplier à gauche par Ti,j(λ)T_{i,j}(\lambda) ajoute à la ii-ième ligne de MM le produit par λ\lambda de sa jj-ième ligne : c'est l'opération de transvection LiLi+λLjL_i \leftarrow L_i + \lambda L_j.

  • C=T2,1(2)BC = T_{2,1}(-2)B : on effectue L2L22L1L_2 \leftarrow L_2 - 2L_1 :

C=(121050131).C = \begin{pmatrix} 1 & -2 & 1 \\ 0 & 5 & 0 \\ 1 & -3 & 1 \end{pmatrix}.

  • D=T3,1(1)CD = T_{3,1}(-1)C : on effectue L3L3L1L_3 \leftarrow L_3 - L_1 :

D=(121050010).D = \begin{pmatrix} 1 & -2 & 1 \\ 0 & 5 & 0 \\ 0 & -1 & 0 \end{pmatrix}.

  • E=T3,2(1/5)DE = T_{3,2}(1/5)D : on effectue L3L3+15L2L_3 \leftarrow L_3 + \frac{1}{5}L_2 :

E=(121050000).E = \begin{pmatrix} 1 & -2 & 1 \\ 0 & 5 & 0 \\ 0 & 0 & 0 \end{pmatrix}.

Remarque sur l'énoncé. Le sujet écrit « E=T3,2(1/5)CE = T_{3,2}(1/5)C » là où la cohérence de la chaîne impose E=T3,2(1/5)DE = T_{3,2}(1/5)D : il s'agit d'une coquille de l'énoncé, la composition correcte étant celle ci-dessus. Le résultat est de toute façon le même pour la question posée, comme on va le voir.

La matrice EE n'est pas inversible. La troisième ligne de EE est entièrement nulle, donc detE=0\det E = 0. On peut aussi l'expliquer sans calcul : les opérations élémentaires de transvection préservent l'inversibilité (elles correspondent à des multiplications par des matrices inversibles), donc EE est inversible si et seulement si BB l'est. Or on va voir que detB=0\det B = 0. C'est l'argument attendu, et il évite le calcul explicite de EE.

2. AATA - A^{\mathsf T}. On a

AT=(221223122),AAT=(040405050).A^{\mathsf T} = \begin{pmatrix} -2 & 2 & 1 \\ -2 & -2 & -3 \\ 1 & 2 & -2 \end{pmatrix}, \qquad A - A^{\mathsf T} = \begin{pmatrix} 0 & -4 & 0 \\ 4 & 0 & 5 \\ 0 & -5 & 0 \end{pmatrix}.

La matrice obtenue est antisymétrique (sa transposée est son opposée), ce qui est général : AATA - A^{\mathsf T} est toujours antisymétrique, pour toute matrice carrée AA. On en déduit en particulier que ses coefficients diagonaux sont nuls, et que son déterminant est nul en dimension impaire (exercice 12 ci-dessous).

3. Déterminants. Pour BB, on remarque que L3=L1L_3 = L_1 : la troisième ligne de BB est identique à la première. Deux lignes égales donnent un déterminant nul, donc

detB=0.\det B = 0.

Pour AA, on développe selon la première ligne :

detA=22232+22212+12213=2(4+6)+2(42)+(6+2)=20124=36.\det A = -2\begin{vmatrix} -2 & 2 \\ -3 & -2 \end{vmatrix} + 2\begin{vmatrix} 2 & 2 \\ 1 & -2 \end{vmatrix} + 1\begin{vmatrix} 2 & -2 \\ 1 & -3 \end{vmatrix} = -2(4 + 6) + 2(-4 - 2) + (-6 + 2) = -20 - 12 - 4 = -36.

Donc detA=360\det A = -36 \neq 0 : AA est inversible, et BB ne l'est pas.

4. Noyau de BB. Comme detB=0\det B = 0, le noyau n'est pas réduit à zéro. On peut l'obtenir en résolvant, ou en remarquant la relation entre colonnes. La forme échelonnée de BB se lit sur le calcul de la question 1 : les opérations L2L22L1L_2 \leftarrow L_2 - 2L_1 et L3L3L1L_3 \leftarrow L_3 - L_1 donnent

(121050010)L3L3+15L2(121050000).\begin{pmatrix} 1 & -2 & 1 \\ 0 & 5 & 0 \\ 0 & -1 & 0 \end{pmatrix} \xrightarrow{L_3 \leftarrow L_3 + \frac{1}{5}L_2} \begin{pmatrix} 1 & -2 & 1 \\ 0 & 5 & 0 \\ 0 & 0 & 0 \end{pmatrix}.

Le système équivaut donc à x2y+z=0x - 2y + z = 0 et 5y=05y = 0, c'est-à-dire y=0y = 0 et x+z=0x + z = 0. Le noyau est la droite

kerB=Vect((1,0,1)),dimkerB=3rg(B)=32=1.\ker B = \mathrm{Vect}\big((1, 0, -1)\big), \qquad \dim \ker B = 3 - \operatorname{rg}(B) = 3 - 2 = 1.

Vérification : B(1,0,1)T=(11,22,11)T=0B(1,0,-1)^{\mathsf T} = (1 - 1, 2 - 2, 1 - 1)^{\mathsf T} = 0 ✓. On le voyait aussi directement : la colonne 1 de BB est (1,2,1)T(1,2,1)^{\mathsf T} et sa colonne 3 est (1,2,1)T(1,2,1)^{\mathsf T} — elles sont égales, donc c1c3=0c_1 - c_3 = 0, ce qui donne immédiatement le vecteur (1,0,1)(1, 0, -1).

5. Système homogène associé à AA. Le système demandé est exactement AX=0AX = 0 avec X=(x,y,z)TX = (x,y,z)^{\mathsf T}. Comme detA=360\det A = -36 \neq 0, la matrice AA est inversible, donc son noyau est réduit à {0}\{0\} : l'unique solution est

(x,y,z)=(0,0,0).(x,y,z) = (0,0,0).

Aucun calcul n'est nécessaire : c'est le théorème du rang (dimkerA=33=0\dim \ker A = 3 - 3 = 0) appliqué après la question 3. C'est précisément l'enchaînement que le sujet cherche à tester : déterminant non nul \Rightarrow inversible \Rightarrow noyau trivial \Rightarrow solution unique, qui est nulle pour un système homogène.

#Exercice 12 — Système complexe, inverse et racines de l'unité

Énoncé (examen 2025-2026, exercice 3 ; partiels 2025-2026, exercice 3).

  1. Soient λ,μC\lambda, \mu \in \mathbb{C} et le système {x+(2i)y=λ(32i)x+(56i)y=μ\begin{cases} x + (2-i)y = \lambda \\ (3-2i)x + (5-6i)y = \mu \end{cases}. Résoudre pour λ=2\lambda = 2 et μ=66i\mu = 6-6i par l'algorithme de Gauss.
  2. Soient a,b,c,dCa,b,c,d \in \mathbb{C} avec adbc0ad - bc \neq 0. Calculer 1adbc(abcd)(dbca)\dfrac{1}{ad-bc}\begin{pmatrix} a & b \\ c & d \end{pmatrix}\begin{pmatrix} d & -b \\ -c & a \end{pmatrix}. En déduire l'inverse de (12i32i56i)\begin{pmatrix} 1 & 2-i \\ 3-2i & 5-6i \end{pmatrix} sous forme cartésienne.
  3. En déduire les solutions pour (λ,μ)=(1,0)(\lambda,\mu) = (1,0) et (λ,μ)=(0,1)(\lambda,\mu) = (0,1).
  4. Montrer que v1=(1,1,i)v_1 = (1,-1,i), v2=(i,1,1)v_2 = (i,1,-1), v3=(1,i,1)v_3 = (-1,i,1) forment une base de C3\mathbb{C}^3. Calculer les coordonnées de v=(1+i,1i,i)v = (1+i, 1-i, i) dans cette base.
  5. Soit j=e2iπ/3j = e^{2i\pi/3}. Que valent j3j^3 et 1+j+j21 + j + j^2 ? Soit V=(1i111ii11)V = \begin{pmatrix} 1 & i & -1 \\ -1 & 1 & i \\ i & -1 & 1 \end{pmatrix}. Montrer que (1,1,1)(1,1,1) est dans ker(Vz0I)\ker(V - z_0I) et (1,j,j2)(1,j,j^2) dans ker(Vz1I)\ker(V - z_1I), pour des complexes z0,z1z_0, z_1 à déterminer.
Correction détaillée

1. Résolution par Gauss. La matrice augmentée est

(12iλ32i56iμ).\left(\begin{array}{cc|c} 1 & 2-i & \lambda \\ 3-2i & 5-6i & \mu \end{array}\right).

On effectue L2L2(32i)L1L_2 \leftarrow L_2 - (3-2i)L_1. Le coefficient en position (2,1)(2,1) s'annule par construction. Le coefficient (2,2)(2,2) devient

(56i)(32i)(2i)=(56i)(63i4i+2i2)=(56i)(67i2)=(56i)(47i)=1+i,(5-6i) - (3-2i)(2-i) = (5-6i) - (6 - 3i - 4i + 2i^2) = (5-6i) - (6 - 7i - 2) = (5-6i) - (4 - 7i) = 1 + i,

où l'on a utilisé i2=1i^2 = -1 (détail du développement : (32i)(2i)=63i4i+2i2=67i2=47i(3-2i)(2-i) = 6 - 3i - 4i + 2i^2 = 6 - 7i - 2 = 4 - 7i).

Le second membre devient μ(32i)λ\mu - (3-2i)\lambda. On obtient donc

y=μ(32i)λ1+i=1i2(μ(32i)λ),y = \frac{\mu - (3-2i)\lambda}{1+i} = \frac{1-i}{2}\Big(\mu - (3-2i)\lambda\Big),

en utilisant 11+i=1i(1+i)(1i)=1i2\frac{1}{1+i} = \frac{1-i}{(1+i)(1-i)} = \frac{1-i}{2}.

Avec λ=2\lambda = 2 et μ=66i\mu = 6-6i :

y=1i2(66i2(32i))=1i2(66i6+4i)=1i2(2i)=i(1i)=i+i2=1i.y = \frac{1-i}{2}\Big(6-6i - 2(3-2i)\Big) = \frac{1-i}{2}\Big(6-6i-6+4i\Big) = \frac{1-i}{2}(-2i) = -i(1-i) = -i + i^2 = -1 - i.

Puis, de la première équation x=λ(2i)yx = \lambda - (2-i)y :

x=2(2i)(1i)=2+(2i)(1+i)=2+(2+2iii2)=2+(2+i+1)=5+i.x = 2 - (2-i)(-1-i) = 2 + (2-i)(1+i) = 2 + (2 + 2i - i - i^2) = 2 + (2 + i + 1) = 5 + i.

Solution : (x,y)=(5+i, 1i)(x,y) = (5+i, \ -1-i). Vérification dans la deuxième équation : (32i)(5+i)+(56i)(1i)=(15+3i10i2i2)+(55i+6i+6i2)=(177i)+(11+i)=66i=μ(3-2i)(5+i) + (5-6i)(-1-i) = (15 + 3i - 10i - 2i^2) + (-5 - 5i + 6i + 6i^2) = (17 - 7i) + (-11 + i) = 6 - 6i = \mu ✓.

2. Inverse d'une matrice 2×22 \times 2 complexe. On calcule

1adbc(abcd)(dbca)=1adbc(adbcab+abcddccb+da)=1adbc(adbc00adbc)=I2.\frac{1}{ad-bc}\begin{pmatrix} a & b \\ c & d \end{pmatrix}\begin{pmatrix} d & -b \\ -c & a \end{pmatrix} = \frac{1}{ad-bc}\begin{pmatrix} ad - bc & -ab + ab \\ cd - dc & -cb + da \end{pmatrix} = \frac{1}{ad-bc}\begin{pmatrix} ad-bc & 0 \\ 0 & ad-bc \end{pmatrix} = I_2.

On en déduit la formule

(abcd)1=1adbc(dbca),\begin{pmatrix} a & b \\ c & d \end{pmatrix}^{-1} = \frac{1}{ad-bc}\begin{pmatrix} d & -b \\ -c & a \end{pmatrix},

valable sur tout corps, en particulier sur C\mathbb{C}.

Pour A=(12i32i56i)A = \begin{pmatrix} 1 & 2-i \\ 3-2i & 5-6i \end{pmatrix} : le déterminant vaut

detA=1(56i)(2i)(32i)=(56i)(64i3i+2i2)=(56i)(47i)=1+i.\det A = 1 \cdot (5-6i) - (2-i)(3-2i) = (5-6i) - (6 - 4i - 3i + 2i^2) = (5-6i) - (4 - 7i) = 1 + i.

Donc

A1=11+i(56i2+i3+2i1)=1i2(56i2+i3+2i1).A^{-1} = \frac{1}{1+i}\begin{pmatrix} 5-6i & -2+i \\ -3+2i & 1 \end{pmatrix} = \frac{1-i}{2}\begin{pmatrix} 5-6i & -2+i \\ -3+2i & 1 \end{pmatrix}.

On développe chaque coefficient sous forme cartésienne :

  • (1i)(56i)=56i5i+6i2=511i6=111i(1-i)(5-6i) = 5 - 6i - 5i + 6i^2 = 5 - 11i - 6 = -1 - 11i.
  • (1i)(2+i)=2+i+2ii2=2+3i+1=1+3i(1-i)(-2+i) = -2 + i + 2i - i^2 = -2 + 3i + 1 = -1 + 3i.
  • (1i)(3+2i)=3+2i+3i2i2=3+5i+2=1+5i(1-i)(-3+2i) = -3 + 2i + 3i - 2i^2 = -3 + 5i + 2 = -1 + 5i.
  • (1i)1=1i(1-i) \cdot 1 = 1 - i.

D'où

A1=12(111i1+3i1+5i1i).A^{-1} = \frac{1}{2}\begin{pmatrix} -1-11i & -1+3i \\ -1+5i & 1-i \end{pmatrix}.

Vérification. Le produit du premier coefficient de AA1A A^{-1} : 1111i2+(2i)1+5i21 \cdot \frac{-1-11i}{2} + (2-i)\cdot\frac{-1+5i}{2}. Or (2i)(1+5i)=2+10i+i5i2=2+11i+5=3+11i(2-i)(-1+5i) = -2 + 10i + i - 5i^2 = -2 + 11i + 5 = 3 + 11i. Donc la somme vaut 111i+3+11i2=22=1\frac{-1-11i+3+11i}{2} = \frac{2}{2} = 1 ✓.

3. Solutions pour les deux seconds membres de base. On écrit A(xy)=(λμ)A\begin{pmatrix} x \\ y\end{pmatrix} = \begin{pmatrix} \lambda \\ \mu \end{pmatrix}, donc (xy)=A1(λμ)\begin{pmatrix} x \\ y\end{pmatrix} = A^{-1}\begin{pmatrix} \lambda \\ \mu \end{pmatrix}.

  • Pour (λ,μ)=(1,0)(\lambda,\mu) = (1,0) : (xy)=12(111i1+5i)\begin{pmatrix} x \\ y \end{pmatrix} = \frac{1}{2}\begin{pmatrix} -1-11i \\ -1+5i \end{pmatrix}.
  • Pour (λ,μ)=(0,1)(\lambda,\mu) = (0,1) : (xy)=12(1+3i1i)\begin{pmatrix} x \\ y \end{pmatrix} = \frac{1}{2}\begin{pmatrix} -1+3i \\ 1-i \end{pmatrix}.

Lien avec la question 1. Le second membre (2,66i)(2, 6-6i) s'écrit 2(1,0)+(66i)(0,1)2 \cdot (1,0) + (6-6i)\cdot(0,1), donc par linéarité la solution est la combinaison correspondante des deux solutions de base :

(xy)=212(111i1+5i)+(66i)12(1+3i1i)=(111i1+5i)+3(1i)(1+3i1i).\begin{pmatrix} x \\ y \end{pmatrix} = 2 \cdot \frac{1}{2}\begin{pmatrix} -1-11i \\ -1+5i \end{pmatrix} + (6-6i)\cdot\frac{1}{2}\begin{pmatrix} -1+3i \\ 1-i \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} -1-11i \\ -1+5i \end{pmatrix} + 3(1-i)\begin{pmatrix} -1+3i \\ 1-i \end{pmatrix}.

Calculons la seconde contribution : 3(1i)(1+3i)=3(1+3i+i3i2)=3(1+4i+3)=3(2+4i)=6+12i3(1-i)(-1+3i) = 3(-1 + 3i + i - 3i^2) = 3(-1 + 4i + 3) = 3(2 + 4i) = 6 + 12i, et 3(1i)(1i)=3(12i+i2)=3(2i)=6i3(1-i)(1-i) = 3(1 - 2i + i^2) = 3(-2i) = -6i. Donc

x=(111i)+(6+12i)=5+i,y=(1+5i)+(6i)=1i.x = (-1 - 11i) + (6 + 12i) = 5 + i, \qquad y = (-1 + 5i) + (-6i) = -1 - i.

On retrouve bien le résultat de la question 1 : les colonnes de A1A^{-1} sont les solutions élémentaires, et la solution générale en est une combinaison linéaire. C'est l'interprétation de l'inverse comme « matrice des solutions ».

4. Base de C3\mathbb{C}^3. On forme la matrice dont les colonnes sont v1,v2,v3v_1, v_2, v_3 :

M=(1i111ii11),detM=2i0.M = \begin{pmatrix} 1 & i & -1 \\ -1 & 1 & i \\ i & -1 & 1 \end{pmatrix}, \qquad \det M = 2i \neq 0.

Comme le déterminant est non nul, les trois colonnes sont linéairement indépendantes : la famille est une base de C3\mathbb{C}^3.

Coordonnées de vv. On cherche α,β,γC\alpha, \beta, \gamma \in \mathbb{C} tels que αv1+βv2+γv3=v\alpha v_1 + \beta v_2 + \gamma v_3 = v, c'est-à-dire M(α,β,γ)T=(1+i,1i,i)TM(\alpha,\beta,\gamma)^{\mathsf T} = (1+i, 1-i, i)^{\mathsf T}. Par l'algorithme de Gauss (opérations L2L2+L1L_2 \leftarrow L_2 + L_1 et L3L3iL1L_3 \leftarrow L_3 - iL_1), on obtient le système triangulaire

(1i101+ii1001+i)(αβγ)=(1+i21).\begin{pmatrix} 1 & i & -1 \\ 0 & 1+i & i-1 \\ 0 & 0 & 1+i \end{pmatrix}\begin{pmatrix} \alpha \\ \beta \\ \gamma \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 1+i \\ 2 \\ 1 \end{pmatrix}.

La remontée donne γ=11+i=1i2\gamma = \frac{1}{1+i} = \frac{1-i}{2}, puis

β=2(i1)γ1+i=2(i1)1i21+i.\beta = \frac{2 - (i-1)\gamma}{1+i} = \frac{2 - (i-1)\frac{1-i}{2}}{1+i}.

Calculons (i1)(1i)=ii21+i=i+11+i=2i(i-1)(1-i) = i - i^2 - 1 + i = i + 1 - 1 + i = 2i, donc β=2i1+i=(2i)(1i)2=22ii+i22=13i2\beta = \frac{2 - i}{1+i} = \frac{(2-i)(1-i)}{2} = \frac{2 - 2i - i + i^2}{2} = \frac{1 - 3i}{2}. Enfin

α=(1+i)iβ+γ=(1+i)i13i2+1i2.\alpha = (1+i) - i\beta + \gamma = (1+i) - i\frac{1-3i}{2} + \frac{1-i}{2}.

Or i(13i)=i+3i2=3i-i(1-3i) = -i + 3i^2 = -3 - i, donc iβ=3i2-i\beta = \frac{-3-i}{2}, et

α=2(1+i)3i+1i2=2+2i3i+1i2=02=0.\alpha = \frac{2(1+i) - 3 - i + 1 - i}{2} = \frac{2 + 2i - 3 - i + 1 - i}{2} = \frac{0}{2} = 0.

Les coordonnées de vv dans la base (v1,v2,v3)(v_1, v_2, v_3) sont donc

(α,β,γ)=(0, 13i2, 1i2),soitv=13i2v2+1i2v3.(\alpha, \beta, \gamma) = \left(0, \ \frac{1-3i}{2}, \ \frac{1-i}{2}\right), \qquad \text{soit} \qquad v = \frac{1-3i}{2}v_2 + \frac{1-i}{2}v_3.

5. Racines de l'unité et vecteurs propres. On a j=e2iπ/3j = e^{2i\pi/3}, donc

j3=e2iπ=1,1+j+j2=1j31j=0j^3 = e^{2i\pi} = 1, \qquad 1 + j + j^2 = \frac{1 - j^3}{1 - j} = 0

(somme géométrique, puisque j1j \neq 1). On peut aussi écrire j=12+i32j = -\frac{1}{2} + i\frac{\sqrt{3}}{2} et j2=12i32j^2 = -\frac{1}{2} - i\frac{\sqrt{3}}{2}, dont la somme avec 11 vaut bien 00.

Vecteur (1,1,1)(1,1,1). On calcule

V(111)=(1+i11+1+ii1+1)=(iii)=i(111).V\begin{pmatrix} 1 \\ 1 \\ 1 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 1 + i - 1 \\ -1 + 1 + i \\ i - 1 + 1 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} i \\ i \\ i \end{pmatrix} = i\begin{pmatrix} 1 \\ 1 \\ 1 \end{pmatrix}.

Donc (1,1,1)ker(ViI3)(1,1,1) \in \ker(V - iI_3), c'est-à-dire z0=iz_0 = i.

Vecteur (1,j,j2)(1,j,j^2). On calcule, en utilisant j3=1j^3 = 1 et 1+j+j2=01 + j + j^2 = 0 :

V(1jj2)=(1+ijj21+j+ij2ij+j2).V\begin{pmatrix} 1 \\ j \\ j^2 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 1 + ij - j^2 \\ -1 + j + ij^2 \\ i - j + j^2 \end{pmatrix}.

On veut montrer que ce vecteur est de la forme z1(1,j,j2)Tz_1(1, j, j^2)^{\mathsf T}. Remarquons que la deuxième coordonnée s'écrit j(j1+1+ij)=j(j2...)j(-j^{-1} + 1 + ij) = j(j^2 \cdot ...) — plus simplement, utilisons j2=1jj^2 = -1-j et j1=j2j^{-1} = j^2 :

  • Première coordonnée : 1+ijj2=1+ij+1+j=2+j+ij=(2+j)+ij1 + ij - j^2 = 1 + ij + 1 + j = 2 + j + ij = (2 + j) + ij.
  • On vérifie la structure : posons z1=1+ijj2z_1 = 1 + ij - j^2 (la première coordonnée). Alors

z1j=(1+ijj2)j=j+ij2j3=j+ij21.z_1 j = (1 + ij - j^2)j = j + ij^2 - j^3 = j + ij^2 - 1.

Or la deuxième coordonnée de V(1,j,j2)V(1,j,j^2) est 1+j+ij2-1 + j + ij^2, qui coïncide bien avec z1jz_1j. De même

z1j2=(1+ijj2)j2=j2+ij3j4=j2+ij,z_1 j^2 = (1 + ij - j^2)j^2 = j^2 + ij^3 - j^4 = j^2 + i - j,

qui est exactement la troisième coordonnée ij+j2i - j + j^2. Donc

V(1jj2)=z1(1jj2),z1=1+ijj2,V\begin{pmatrix} 1 \\ j \\ j^2 \end{pmatrix} = z_1\begin{pmatrix} 1 \\ j \\ j^2 \end{pmatrix}, \qquad z_1 = 1 + ij - j^2,

et (1,j,j2)ker(Vz1I3)(1,j,j^2) \in \ker(V - z_1I_3).

Interprétation. La matrice VV est une matrice circulante : chaque ligne est le décalage de la précédente. Pour ces matrices, les vecteurs (1,ω,ω2,)(1, \omega, \omega^2, \ldots)ω\omega parcourt les racines de l'unité sont toujours des vecteurs propres, les valeurs propres correspondantes étant les valeurs du polynôme associé aux racines de l'unité. C'est le mécanisme qui sous-tend la transformée de Fourier discrète et les algorithmes de multiplication rapide de polynômes.

#Ce que les sujets évaluent vraiment

Trois gestes, répétés dans chaque session :

  • Échelonner et lire. Le pivot de Gauss n'est jamais demandé pour lui-même : il sert à déterminer un rang, un noyau, un ensemble de solutions ou une inversibilité. Les questions se répondent en cascade (rang \Rightarrow dimension du noyau \Rightarrow inversibilité \Rightarrow déterminant), et la bonne stratégie est de ne pas recalculer ce qu'une question précédente a déjà établi.
  • Vérifier par la trace et le déterminant. Pour tout exercice de réduction, les deux contrôles gratuits sont tr(A)=βiλi\operatorname{tr}(A) = \sum \beta_i\lambda_i et det(A)=λiβi\det(A) = \prod \lambda_i^{\beta_i}. Ils détectent la quasi-totalité des erreurs de calcul de polynôme caractéristique, et les corrigés officiels les utilisent systématiquement.
  • Connaître les exemples canoniques. La matrice uvTuv^{\mathsf T} de rang 11, le décalage nilpotent, la matrice symétrique réelle, la matrice circulante : ces quatre familles reviennent d'une année sur l'autre et leurs propriétés (rang, spectre, diagonalisabilité) doivent être connues sans calcul.