Introduction à l'algèbre linéaire · L1 · Section 5/5
Annales corrigées
Progression
#Annales corrigées — algèbre linéaire du semestre 1
Cette page rassemble des exercices d'examen réellement posés en SPUM101 « Introduction à l'algèbre linéaire » (Licence 1, Université Côte d'Azur, campus Valrose), complétés par les épreuves de SPEM200 « Algèbre linéaire I » (semestre 2) lorsqu'elles prolongent directement le programme du semestre 1.
Sources exactes. Les exercices proviennent de l'examen final 2024 (correction officielle), de l'examen type (correction officielle), de l'examen 2025-2026 (corrigé officiel), des partiels 2025-2026 (corrigé officiel), de l'épreuve du 11 octobre 2024, de l'examen de janvier (sujet et corrigé), des sujets blancs de session 2 de SPEM200 (corrigés), ainsi que des parties algèbre des épreuves communes Fondements mathématiques 1 (13 janvier 2021, 7 janvier 2021, 4 janvier 2023, 23 juin 2021).
Le programme réellement testé. Trois blocs, toujours les mêmes : (1) systèmes linéaires et rang — pivot de Gauss, structure des solutions, noyau et image ; (2) familles, bases et applications linéaires — liberté, rang, théorème du rang, matrices d'applications ; (3) réduction — valeurs propres, polynôme caractéristique, diagonalisabilité, changement de base. Les exercices 1 à 3 ci-dessous couvrent le premier bloc, les exercices 4 à 8 le deuxième, les exercices 9 à 12 le troisième.
#Exercice 1 — Système linéaire et structure des solutions
Énoncé (examen final 2024, exercice 1.1 ; Fondements mathématiques 1, 13 janvier 2021, partie algèbre, exercice 1 ; 4 janvier 2023, exercice 1).
On considère le système d'équations linéaires à coefficients réels :
- Écrire le système sous la forme matricielle et le résoudre par la méthode du pivot.
- La matrice est-elle inversible ? Justifier par deux arguments différents.
- On considère le système homogène associé. Donner, sans calcul supplémentaire, l'ensemble de ses solutions.
- Soit fixé. Résoudre , , .
Correction détaillée
1. Résolution par pivot. L'équation matricielle est avec
On forme la matrice augmentée et on échelonne, en échangeant d'abord et pour travailler avec un pivot égal à :
Le système est échelonné, avec trois pivots non nuls (, , ). La remontée donne :
- : , donc .
- : , donc , d'où .
- : , donc , d'où .
Solution unique : . Vérification dans le système initial : ✓ ; ✓ ; ✓.
2. Inversibilité de . Deux arguments indépendants.
- Par le rang. Le système a une solution unique, ce qui signifie que l'application est bijective : est inversible. De façon équivalente, s'échelonne en une matrice à trois pivots, donc .
- Par le déterminant. On développe selon la première colonne de la forme échelonnée, dont le déterminant vaut . Les opérations effectuées sont : un échange de lignes (qui multiplie le déterminant par ) et deux transvections (qui ne le changent pas). Donc : est inversible.
Vérification par le calcul direct : ✓.
3. Système homogène. L'ensemble des solutions de est, par définition, le noyau de . Comme est inversible, et le système homogène admet l'unique solution — c'est le théorème du rang appliqué sans calcul : . Il n'y a rien à calculer, et c'est précisément ce que la question cherche à tester.
4. Système à paramètre. On applique le même pivot à la matrice augmentée, avec un second membre symbolique :
Trois pivots : le système admet une unique solution pour tout . La remontée donne :
- .
- .
- .
Solution : . Vérification sur la deuxième équation : ✓.
Ce qu'il faut retenir. Le rang de la matrice des coefficients décide de tout : trois pivots solution unique ; moins de pivots que d'inconnues variables libres et infinité de solutions ; un pivot dans la colonne du second membre système incompatible. Aucune autre analyse n'est nécessaire.
#Exercice 2 — Familles libres, rang et dimension
Énoncé (examen final 2024, exercice 1.2 et 1.3 ; examen type, exercice 5 ; Fondements mathématiques 1, 4 janvier 2023, exercice 1).
Dans , on considère les vecteurs
- La famille est-elle libre ?
- La famille est-elle libre ? Génératrice de ?
- Montrer que appartient à .
Correction détaillée
1. La famille est libre. Les deux premiers vecteurs sont visiblement non colinéaires, la question se ramène donc à vérifier si . Soient ; on résout , c'est-à-dire composante par composante :
La dernière équation donne : contradiction. Donc et la famille est libre. On pouvait aussi le voir par un pivot : la matrice dont les colonnes sont a trois pivots, donc rang .
2. La famille est liée, et n'est pas génératrice. Cherchons tels que . Composante par composante :
Les deux premières équations sont identiques et donnent ; avec on trouve . Donc
La famille est donc liée, avec la relation de dépendance .
Une famille liée de ne peut pas être génératrice de : une famille génératrice de contient une base, donc au moins vecteurs libres, et retirer le vecteur superflu laisse une famille de vecteurs qui ne peut engendrer un espace de dimension (le rang d'une famille de vecteurs est au plus ). Donc .
Argument supplémentaire, qui localise l'espace engendré. On vérifie que , et satisfont tous (avec les coordonnées ) : donne ✓, donne ✓, donne ✓. L'espace engendré par ces trois vecteurs est donc inclus dans l'hyperplan , de dimension . Le vecteur en revanche donne : il sort de , mais il ne suffit pas à engendrer à lui seul, puisque n'apportent que deux directions indépendantes ( étant combinaison des deux autres). Le rang total est .
3. On a . Or donne , donc
La réponse est donc vraie. L'énoncé officiel demandait de justifier cette appartenance, ce qui se fait en exhibant les coefficients : .
Méthode générale pour le rang d'une famille. On échelonne la matrice dont les vecteurs sont les colonnes ; le rang est le nombre de pivots. Les deux équivalences à retenir : le rang vaut le nombre de vecteurs si et seulement si la famille est libre ; il vaut la dimension de l'espace ambiant si et seulement si la famille est génératrice.
#Exercice 3 — Noyau et image d'une matrice
Énoncé (partiels 2025-2026, exercice 2 ; épreuve du 11 octobre 2024, exercice 2 ; examen final 2024, exercice 1).
On considère la matrice
- Donner la forme échelonnée de et le nombre de ses colonnes linéairement indépendantes.
- Justifier que et forment une base de .
- Soit le vecteur de obtenu en sommant les colonnes de . Décrire l'ensemble des solutions de .
- Soit . Déterminer des bases de et de .
Correction détaillée
1. Forme échelonnée. On effectue puis :
Il y a deux lignes non nulles, donc : la matrice contient deux colonnes linéairement indépendantes, les colonnes et (celles qui portent les pivots).
2. Base du noyau. La matrice représente une application linéaire de dans , dont l'image est de dimension . Par le théorème du rang, : il suffit donc de trouver deux vecteurs indépendants dans le noyau pour en avoir une base.
Le système se lit sur la forme échelonnée : et . On prend et comme inconnues libres (les colonnes et n'ont pas de pivot), on pose et :
D'où
La famille engendre donc le noyau, et comme elle est libre (les deux vecteurs ne sont pas colinéaires) et de cardinal , c'est une base de .
Vérification directe : ✓ ; ✓.
3. Ensemble des solutions de . Le vecteur est la somme des colonnes de :
Par définition, est donc une solution particulière de . L'ensemble des solutions est alors l'espace affine
Justification de la structure. Si et , alors , donc et . Réciproquement, tout avec vérifie . La structure « solution particulière + noyau » est donc exacte, et l'ensemble des solutions est un espace affine de dimension .
4. Matrice . La quatrième colonne est nulle : elle n'apporte rien. Les trois premières colonnes sont , et . Donc , et ces deux vecteurs sont non colinéaires ( n'est pas un multiple de : le rapport des premières coordonnées est , mais celui des troisièmes est ). Ainsi
Par le théorème du rang, . On lit le noyau sur les relations entre colonnes : donne , d'où le premier vecteur ; la quatrième colonne nulle donne . Ces deux vecteurs sont indépendants, donc
Vérification : ✓ ; ✓.
Le réflexe à acquérir. Une colonne nulle ou une colonne multiple d'une autre se repère avant tout calcul : elle donne immédiatement un vecteur du noyau et réduit d'autant le rang à calculer. C'est le genre de lecture qui fait gagner plusieurs minutes en examen.
#Exercice 4 — Matrice de rang 1 :
Énoncé (examen 2025-2026, exercice 1 ; sujets blancs SPEM200 session 2, exercices 1).
Soient et , deux vecteurs non nuls de . On note
- Rappeler la condition pour que le produit de deux matrices soit défini. Quelle est la taille de ? Expliciter les colonnes et les lignes de .
- Montrer, à partir de la définition du rang, que .
- Déterminer une base de l'image de et donner son rang.
- Énoncer la version matricielle du théorème du rang. En déduire , puis .
- Calculer . En déduire une deuxième valeur propre de .
- Justifier qu'il n'y a pas d'autre valeur propre.
- Donner une condition nécessaire et suffisante sur et pour que .
Correction détaillée
1. Le produit est défini si et seulement si le nombre de colonnes de égale le nombre de lignes de . Ici et , le produit est défini () et est de taille .
La -ième colonne de s'obtient en multipliant par : . Toutes les colonnes sont colinéaires à . Symétriquement, la -ième ligne est : toutes les lignes sont colinéaires à . Multiplier par à gauche agit sur les lignes, multiplier par à droite agit sur les colonnes.
2. Le rang d'une matrice est la dimension de son image. Or pour tout :
car et est linéaire. L'image de est un sous-espace de celle de , donc sa dimension est inférieure ou égale :
Interprétation. Multiplier à gauche par ne peut que « rapetisser » l'image : c'est une application linéaire de plus à traverser.
3. Toutes les colonnes de sont colinéaires à , et . Donc , de dimension :
4. Théorème du rang, version matricielle. Pour :
Pour , qui est carrée : . Comme , ce noyau n'est pas réduit à zéro, donc n'est pas injective, donc n'est pas inversible, donc
De plus est de dimension , donc est valeur propre de , de multiplicité géométrique .
5. Par associativité du produit matriciel, et comme est une matrice , c'est-à-dire un scalaire :
Comme , l'égalité avec montre que est un vecteur propre de pour la valeur propre . C'est le produit scalaire usuel de et .
6. Soit un vecteur propre pour une valeur propre . Alors donne : tout vecteur propre associé à une valeur propre non nulle est colinéaire à . Or est vecteur propre pour la seule valeur propre . Il n'y a donc aucune autre valeur propre que et .
Remarque. On peut aussi invoquer le polynôme caractéristique : , obtenu en remarquant que et . Cette question était signalée comme difficile dans le corrigé officiel : le raisonnement par l'image n'était pas au programme sous cette forme, il fallait le construire.
7. Par définition, si et seulement si est valeur propre de . Or
Donc si et seulement si est valeur propre de , c'est-à-dire si et seulement si
Vérification sur un exemple. Prenons , et . Alors et
Ce qu'il faut retenir de cet exercice. Une matrice est l'archétype de la matrice de rang : toutes ses colonnes sont colinéaires, son noyau est l'hyperplan orthogonal à , son image est la droite engendrée par , et ses valeurs propres sont (multiplicité ) et . Quand , elle est diagonalisable ; quand , elle ne l'est pas (la multiplicité géométrique de vaut ).
#Exercice 5 — Un endomorphisme sur les polynômes
Énoncé (examen 2025-2026, exercice 2 ; sujets blancs SPEM200, exercice 2).
Soient , avec , et . On pose
On note la base canonique de .
- Montrer que est une application -linéaire.
- Donner la matrice et son rang.
- Montrer que est un isomorphisme.
- Dans le cas , calculer et écrire comme produit de matrices élémentaires.
- Que vaut ?
- Rappeler la définition d'un endomorphisme diagonalisable.
- Calculer le polynôme caractéristique de , donner ses valeurs propres, et expliquer pourquoi est diagonalisable.
- Donner une base de formée de vecteurs propres de .
Correction détaillée
1. Linéarité. Soient et . En utilisant la linéarité de la dérivation et la distributivité :
Donc est -linéaire. De plus, si alors , donc : l'application est bien à valeurs dans . C'est un endomorphisme.
2. Matrice. Pour :
et . Les colonnes de la matrice sont les coordonnées de ces images dans la base :
- colonne 1 : , soit ;
- colonne 2 : , soit ;
- colonne : .
D'où la matrice triangulaire supérieure (mais avec une sous-diagonale non nulle) :
Cette matrice est triangulaire avec des coefficients diagonaux , tous non nuls puisque . Elle a donc pivots : son rang est .
3. Isomorphisme. est un isomorphisme si et seulement si sa matrice est inversible. Une matrice carrée de taille est inversible si et seulement si son rang vaut , ce qui est le cas. On peut aussi le vérifier par le déterminant :
car (le déterminant d'une matrice triangulaire est le produit de ses coefficients diagonaux, ici ). Donc est un isomorphisme.
4. Cas : inversion. On a
La matrice est triangulaire supérieure : on l'inverse par des opérations élémentaires de haut en bas. En normalisant d'abord les diagonales, puis en éliminant les coefficients au-dessus :
où désigne la matrice élémentaire de dilatation de la ligne par . Puis, en remontant :
où ajoute fois la ligne à la ligne . Donc
Vérification : le produit redonne bien (premier coefficient : ; coefficient : ; coefficient : ✓).
Écriture de comme produit de matrices élémentaires. En inversant la relation ci-dessus et en utilisant :
5. . Les coordonnées de dans la base sont . On applique :
Donc
6. Définition. Un endomorphisme d'un espace vectoriel de dimension finie est diagonalisable s'il existe une base de formée de vecteurs propres de . De façon équivalente, il existe une base dans laquelle la matrice de est diagonale.
Attention. C'est la définition qui est demandée ici, pas le théorème de caractérisation. Répondre par « est scindé et pour tout » à une question qui demande la définition ne rapporte aucun point : la définition est « il existe une base de vecteurs propres », le critère est un théorème qui en découle.
7. Polynôme caractéristique et diagonalisabilité. La matrice est triangulaire supérieure (avec , les coefficients diagonaux sont , , ), donc son polynôme caractéristique est le produit des :
Les valeurs propres de sont donc , et . Le polynôme est scindé sur et ses trois racines sont distinctes puisque (elles valent , , avec ). Or pour une racine simple, la multiplicité algébrique vaut , et la multiplicité géométrique est toujours comprise entre et la multiplicité algébrique : elle vaut donc elle aussi. La condition est satisfaite pour chaque valeur propre, donc est diagonalisable.
Le corollaire utilisé. Si un endomorphisme de dimension a valeurs propres distinctes, il est diagonalisable. C'est le cas le plus simple du critère, et il évite tout calcul de sous-espace propre pour décider.
8. Base de vecteurs propres. On cherche une base de chaque sous-espace propre, c'est-à-dire les noyaux de , et :
Chacun est de dimension (on le sait d'avance par la question 7 : les espaces propres sont de dimension ), il suffit donc d'exhiber un vecteur non nul dans chacun.
- Pour : annule , donc .
- Pour : le système donne et ; un vecteur solution est , soit . Donc .
- Pour : le système donne et , d'où et . Avec : , soit .
Une base de vecteurs propres de est donc
Vérification directe du troisième vecteur propre. Posons . Alors
Le vecteur propre associé à est bien . Les trois vecteurs propres s'écrivent donc , et — c'est-à-dire les puissances successives de .
Ce n'est pas un hasard. Posons , de sorte que . Pour :
puisque . Donc est vecteur propre de pour la valeur propre , et la base de vecteurs propres trouvée est exactement la base des puissances de . Les valeurs propres sont les coefficients pour .
#Exercice 6 — Un endomorphisme nilpotent : le décalage
Énoncé (examen 2025-2026, exercice 3).
On considère muni de sa base canonique et l'application
On note l'itérée -ième de (avec ).
- Déterminer les images et donner .
- Montrer que est une base de .
- Donner la matrice de dans cette base.
- Montrer que est l'application nulle.
- Montrer que possède une unique valeur propre, la préciser, donner , et dire si est diagonalisable.
Correction détaillée
1. Par définition de , on a pour et (le décalage pousse hors de l'espace). Donc
C'est la matrice de la transvection de décalage : des juste sous la diagonale, des partout ailleurs.
2. On déduit de la formule (récurrence immédiate). Donc
La famille n'est rien d'autre que la base canonique prise dans l'ordre inverse. C'est donc encore une famille libre de vecteurs dans un espace de dimension : c'est une base de .
3. Dans cette base, agit par (qui est le deuxième vecteur de en partant de la fin) et de façon générale envoie le -ième vecteur de sur le suivant. Plus explicitement, pour la base ordonnée , l'image du -ième vecteur est , qui est le -ième vecteur... la structure est un décalage vers le haut : la matrice est
c'est-à-dire la transposée de la matrice précédente : des juste au-dessus de la diagonale. La première colonne est nulle car ; la dernière colonne correspond à , qui est l'avant-dernier vecteur de la base .
4. L'application est linéaire ; il suffit donc de vérifier qu'elle annule les vecteurs d'une base, ceux de la base canonique. Pour :
où l'on a utilisé que (deux itérées de la même application commutent) et que , donc . Donc est nulle sur toute la base canonique, donc sur : .
Vocabulaire. Un endomorphisme dont une itérée est nulle est dit nilpotent ; on dit ici que est nilpotent d'indice (car ).
5. La matrice de dans la base canonique est triangulaire inférieure avec une diagonale entièrement nulle. Son polynôme caractéristique est donc
(le déterminant d'une matrice triangulaire est le produit de ses coefficients diagonaux, ici tous égaux à ). Le polynôme caractéristique est scindé sur et sa seule racine est , de multiplicité algébrique : est l'unique valeur propre de .
Le noyau de est l'ensemble des tels que , c'est-à-dire : , donc .
La multiplicité géométrique de la valeur propre est donc , tandis que sa multiplicité algébrique est . La condition de diagonalisabilité n'est satisfaite que si :
Pour , n'est pas diagonalisable : le seul endomorphisme diagonalisable nilpotent est l'endomorphisme nul (une matrice diagonale nilpotente est nécessairement nulle, donc de noyau de dimension ).
Ce que l'exercice enseigne. Le décalage est l'exemple canonique d'endomorphisme non diagonalisable mais trigonalisable : sa matrice dans la base est triangulaire (elle l'est même dans la base canonique). Sur , tout endomorphisme dont le polynôme caractéristique est scindé est trigonalisable ; c'est ce que fait apparaître la base .
#Exercice 7 — Diagonalisation : polynôme caractéristique et sous-espaces propres
Énoncé (examen final 2024, exercice 2 ; examen type, exercice 2 ; épreuve du 11 octobre 2024, exercice 4).
On considère la matrice réelle
et on note l'endomorphisme de associé dans la base canonique. On pose .
- Rappeler les définitions de valeur propre et de sous-espace propre.
- Calculer . En déduire une valeur propre de et une base de .
- Calculer la trace de . Qu'en déduire sur les valeurs propres ? Donner le polynôme caractéristique factorisé.
- Qu'est-ce qu'une matrice diagonalisable ? Montrer que est diagonalisable.
- Donner une matrice inversible telle que soit diagonale, et préciser cette matrice.
- On pose où et . Montrer que est une base de , exprimer dans cette base, puis calculer la matrice de dans .
Correction détaillée
1. Définitions. Soit . Un scalaire est une valeur propre de s'il existe un vecteur non nul tel que . Un tel est un vecteur propre associé à .
Le sous-espace propre associé à est
C'est un sous-espace vectoriel de ; il contient le vecteur nul, mais par convention n'est pas un vecteur propre.
2. Une première valeur propre. On calcule
Donc est un vecteur propre de associé à la valeur propre .
On résout ensuite :
Les trois lignes sont proportionnelles ; le noyau est donné par l'équation unique . C'est l'équation d'un plan de , donc
ces deux vecteurs étant non colinéaires. La multiplicité géométrique de vaut donc .
3. Trace et polynôme caractéristique. La trace est la somme des coefficients diagonaux :
La somme des valeurs propres, comptées avec leur multiplicité algébrique, égale la trace. Comme est valeur propre de multiplicité géométrique , sa multiplicité algébrique vérifie . Notons la valeur propre restante, de multiplicité algébrique (le polynôme caractéristique est de degré ). Alors
Donc est valeur propre. Vérifions-le directement : s'écrit
La première équation donne , soit . En reportant dans la troisième : , donc , puis . Le sous-espace propre est donc , de dimension .
Le polynôme caractéristique se factorise donc en
(le signe venant de la convention : , et ). La forme factorisée en facteurs linéaires est bien obtenue.
4. Diagonalisabilité. Une matrice est diagonalisable si elle est semblable à une matrice diagonale : il existe inversible et diagonale telles que . De façon équivalente, il existe une base de formée de vecteurs propres de .
Ici, est scindé sur (racines et , toutes réelles), et pour chaque valeur propre la multiplicité géométrique égale la multiplicité algébrique :
- : ✓
- : ✓
Le critère de diagonalisabilité est satisfait pour les deux valeurs propres, donc est diagonalisable.
Argument plus rapide. est une matrice symétrique réelle ( : on vérifie , , ). Or toute matrice symétrique réelle est diagonalisable dans , et même dans une base orthonormée. C'est un raccourci considérable : voir la symétrie dispense de tout calcul de multiplicités.
5. Diagonalisation explicite. On concatène les bases des sous-espaces propres :
Les colonnes de sont, dans l'ordre, un vecteur de , un second vecteur de (indépendant du premier), et le vecteur de . Les valeurs propres sur la diagonale de suivent le même ordre que les colonnes de : c'est le point qu'on oublie le plus souvent.
Vérification par la trace et le déterminant. ✓. Et . On vérifie directement : ✓. Ces deux contrôles gratuits détectent la plupart des erreurs de calcul.
6. La base . Montrons que est libre. Soient tels que :
La deuxième ligne donne ; la première donne alors ; la troisième donne . La famille est donc libre, et comme elle compte vecteurs dans un espace de dimension , c'est une base de .
Exprimons dans cette base. On cherche tels que :
Donc .
Calculons enfin la matrice de dans : on exprime , et dans la base .
- , donc la première colonne est .
- première colonne de . On remplace par son expression : . Deuxième colonne : .
- troisième colonne de . Alors . Troisième colonne : .
D'où
Vérification. La trace doit être invariante par changement de base : ✓. La matrice est triangulaire, ses coefficients diagonaux sont : ce sont bien les valeurs propres de , avec les mêmes multiplicités. Cette question, notée comme indépendante dans le sujet, montre comment lire les valeurs propres sur une matrice triangulaire sans aucun calcul de polynôme caractéristique.
#Exercice 8 — Changement de base et puissances d'une matrice
Énoncé (examen type, exercice 3).
On considère l'endomorphisme de dont la matrice dans la base canonique est
Soit avec , et .
- La famille est-elle une base de ? Qu'est-ce que la matrice correspondante ?
- Calculer la matrice de dans la base .
- Vérifier la relation de changement de base.
- Montrer que où est nilpotente, et en déduire pour tout .
- En déduire pour tout .
Correction détaillée
1. La matrice dont les colonnes sont est
(la matrice est triangulaire inférieure, son déterminant est le produit des coefficients diagonaux ). Comme , la famille est libre ; elle compte vecteurs dans un espace de dimension , c'est donc une base de .
La matrice est la matrice de passage de la base canonique vers la base : ses colonnes contiennent les coordonnées des vecteurs de la nouvelle base exprimées dans l'ancienne.
2. Matrice de dans . Deux méthodes.
Méthode directe (celle du corrigé officiel). On calcule l'image de chaque vecteur de et on l'exprime dans .
Donc
3. Relation de changement de base. La formule du cours est , soit . On vérifie :
(obtenu par pivot ou par la formule des cofacteurs). On peut alors contrôler que en développant le produit, ou plus économiquement vérifier que : les deux matrices ont pour colonnes les images de , exprimées soit dans (à gauche), soit dans puis reconverties par (à droite). Cette vérification est plus rapide et détecte les erreurs d'inversion de .
4. Puissances de . Calculons les puissances de :
La matrice est donc nilpotente d'indice . Comme commute avec , on peut appliquer la formule du binôme de Newton à :
car tous les termes d'ordre sont nuls. En remplaçant et :
En développant le coefficient : . Donc
5. Puissances de . De on déduit (récurrence immédiate : , les intermédiaires se simplifiant). Donc
Le calcul explicite est laissé au lecteur ; le corrigé officiel le signale comme tel. La méthode est ce qu'il faut retenir.
Pourquoi et non directement ? Parce que est triangulaire avec des sur la diagonale : elle s'écrit avec nilpotente, et la formule du binôme s'arrête après deux termes. C'est exactement la situation où la trigonalisation remplace la diagonalisation : quand une matrice n'est pas diagonalisable, on la met sous forme triangulaire et les puissances restent calculables grâce à la nilpotence de la partie au-dessus de la diagonale.
#Exercice 9 — Sous-espaces stables et points fixes
Énoncé (examen final 2024, exercice 3).
Soit l'endomorphisme de canoniquement associé à la matrice
On note et avec , , .
- Montrer que est un sous-espace vectoriel de .
- Montrer que est une base de , et préciser la matrice de passage.
- Calculer la matrice de dans la base .
Correction détaillée
1. est un sous-espace vectoriel. Par définition, , le noyau de l'application linéaire . On peut le vérifier directement :
- car , donc ;
- si et , alors par linéarité de , donc .
L'ensemble est donc bien un sous-espace vectoriel de . C'est l'espace propre de associé à la valeur propre : les points fixes de .
2. est une base. La matrice dont les colonnes sont est
On calcule son déterminant en développant selon la première ligne :
Comme , la famille est libre ; avec vecteurs en dimension , c'est une base de . La matrice est la matrice de passage de la base canonique vers .
3. Matrice de dans . Deux méthodes possibles : calculer , ou calculer directement l'action de sur les vecteurs de et exprimer les résultats dans .
Méthode directe. On calcule les images :
Donc
Interprétation. La base est choisie de sorte que soit un vecteur propre de valeur propre (c'est un point fixe) et que le plan soit stable par , la restriction de à ce plan étant une rotation d'un quart de tour (). La matrice est la matrice par blocs d'une telle situation :
Le lien avec les valeurs propres. Le polynôme caractéristique de , qui est le même que celui de (la trace et le déterminant sont invariants par changement de base), vaut . Les valeurs propres complexes de sont donc , et : n'est pas diagonalisable sur , mais elle l'est sur (trois valeurs propres distinctes). Sur , la forme la plus simple atteignable est celle de , avec un bloc de rotation — c'est la réduction dite « de Dunford » sur .
#Exercice 10 — Produit scalaire, orthogonalité et Gram-Schmidt
Énoncé (examen final 2024, exercice 4 ; épreuve du 11 octobre 2024, exercice 4 ; Fondements mathématiques 1, 27 juin 2019, partie algèbre, exercice 2).
Dans muni du produit scalaire usuel, on considère les vecteurs
- Calculer et .
- Les vecteurs et sont-ils orthogonaux ?
- Calculer . La famille est-elle une base de ?
- Construire une base orthogonale de à partir de par le procédé de Gram-Schmidt.
- Dans , on considère et , et . Donner une base orthonormée de et un système d'équations caractérisant .
Correction détaillée
1. Le produit scalaire usuel est :
2. . Donc et sont orthogonaux.
3. On développe le déterminant selon la première colonne, ou on élimine par pivot :
La famille est libre ; elle compte vecteurs dans un espace de dimension , c'est donc une base de .
4. Gram-Schmidt. Le procédé construit des vecteurs deux à deux orthogonaux en soustrayant à chaque nouveau vecteur ses projections sur les précédents.
Étape 1. On pose . Comme est déjà orthogonal à (question 2), il sera orthogonal à .
Étape 2. On orthogonalise par rapport à :
Étape 3. On orthogonalise par rapport à et . On a (question 2) et
En simplifiant :
Vérifications. ✓. Et ✓.
Une base orthogonale de est donc
En multipliant chaque vecteur par un scalaire non nul, on obtient une base à coefficients entiers plus agréable :
5. Base orthonormée de et équations de .
Base orthonormée. On orthonormalise . D'abord
Puis , donc
Sa norme vaut
Une base orthonormée de est donc
Équations de . Par définition, est l'ensemble des vecteurs orthogonaux à tous les vecteurs de , et comme , il suffit d'être orthogonal à et :
C'est un système de deux équations indépendantes (les deux formes linéaires ne sont pas proportionnelles), donc est de dimension : cohérent avec et .
Résolution explicite (pour contrôle). De la seconde équation, . En reportant dans la première : , soit . Donc
Ce qu'il faut retenir. Gram-Schmidt est une récurrence : à l'étape , on soustrait au vecteur courant ses projections sur tous les vecteurs orthogonaux déjà construits. Le contrôle final (orthogonalité deux à deux, et conservation du sous-espace engendré) doit être systématique — c'est là que se glissent les erreurs de signe.
#Exercice 11 — Matrices élémentaires et opérations sur les lignes
Énoncé (Fondements mathématiques 1, 4 janvier 2023, partie algèbre, exercice 2).
On considère les matrices réelles
- Rappeler l'effet du produit sur les lignes de . Préciser , , . La matrice est-elle inversible ?
- Calculer , où désigne la transposée de .
- Calculer les déterminants de et de . Ces matrices sont-elles inversibles ?
- Déterminer les tels que .
- Déterminer matriciellement les solutions du système , , .
Correction détaillée
1. Matrices élémentaires. Par définition, est la matrice identité modifiée par un coefficient en position . Multiplier à gauche par ajoute à la -ième ligne de le produit par de sa -ième ligne : c'est l'opération de transvection .
- : on effectue :
- : on effectue :
- : on effectue :
Remarque sur l'énoncé. Le sujet écrit « » là où la cohérence de la chaîne impose : il s'agit d'une coquille de l'énoncé, la composition correcte étant celle ci-dessus. Le résultat est de toute façon le même pour la question posée, comme on va le voir.
La matrice n'est pas inversible. La troisième ligne de est entièrement nulle, donc . On peut aussi l'expliquer sans calcul : les opérations élémentaires de transvection préservent l'inversibilité (elles correspondent à des multiplications par des matrices inversibles), donc est inversible si et seulement si l'est. Or on va voir que . C'est l'argument attendu, et il évite le calcul explicite de .
2. . On a
La matrice obtenue est antisymétrique (sa transposée est son opposée), ce qui est général : est toujours antisymétrique, pour toute matrice carrée . On en déduit en particulier que ses coefficients diagonaux sont nuls, et que son déterminant est nul en dimension impaire (exercice 12 ci-dessous).
3. Déterminants. Pour , on remarque que : la troisième ligne de est identique à la première. Deux lignes égales donnent un déterminant nul, donc
Pour , on développe selon la première ligne :
Donc : est inversible, et ne l'est pas.
4. Noyau de . Comme , le noyau n'est pas réduit à zéro. On peut l'obtenir en résolvant, ou en remarquant la relation entre colonnes. La forme échelonnée de se lit sur le calcul de la question 1 : les opérations et donnent
Le système équivaut donc à et , c'est-à-dire et . Le noyau est la droite
Vérification : ✓. On le voyait aussi directement : la colonne 1 de est et sa colonne 3 est — elles sont égales, donc , ce qui donne immédiatement le vecteur .
5. Système homogène associé à . Le système demandé est exactement avec . Comme , la matrice est inversible, donc son noyau est réduit à : l'unique solution est
Aucun calcul n'est nécessaire : c'est le théorème du rang () appliqué après la question 3. C'est précisément l'enchaînement que le sujet cherche à tester : déterminant non nul inversible noyau trivial solution unique, qui est nulle pour un système homogène.
#Exercice 12 — Système complexe, inverse et racines de l'unité
Énoncé (examen 2025-2026, exercice 3 ; partiels 2025-2026, exercice 3).
- Soient et le système . Résoudre pour et par l'algorithme de Gauss.
- Soient avec . Calculer . En déduire l'inverse de sous forme cartésienne.
- En déduire les solutions pour et .
- Montrer que , , forment une base de . Calculer les coordonnées de dans cette base.
- Soit . Que valent et ? Soit . Montrer que est dans et dans , pour des complexes à déterminer.
Correction détaillée
1. Résolution par Gauss. La matrice augmentée est
On effectue . Le coefficient en position s'annule par construction. Le coefficient devient
où l'on a utilisé (détail du développement : ).
Le second membre devient . On obtient donc
en utilisant .
Avec et :
Puis, de la première équation :
Solution : . Vérification dans la deuxième équation : ✓.
2. Inverse d'une matrice complexe. On calcule
On en déduit la formule
valable sur tout corps, en particulier sur .
Pour : le déterminant vaut
Donc
On développe chaque coefficient sous forme cartésienne :
- .
- .
- .
- .
D'où
Vérification. Le produit du premier coefficient de : . Or . Donc la somme vaut ✓.
3. Solutions pour les deux seconds membres de base. On écrit , donc .
- Pour : .
- Pour : .
Lien avec la question 1. Le second membre s'écrit , donc par linéarité la solution est la combinaison correspondante des deux solutions de base :
Calculons la seconde contribution : , et . Donc
On retrouve bien le résultat de la question 1 : les colonnes de sont les solutions élémentaires, et la solution générale en est une combinaison linéaire. C'est l'interprétation de l'inverse comme « matrice des solutions ».
4. Base de . On forme la matrice dont les colonnes sont :
Comme le déterminant est non nul, les trois colonnes sont linéairement indépendantes : la famille est une base de .
Coordonnées de . On cherche tels que , c'est-à-dire . Par l'algorithme de Gauss (opérations et ), on obtient le système triangulaire
La remontée donne , puis
Calculons , donc . Enfin
Or , donc , et
Les coordonnées de dans la base sont donc
5. Racines de l'unité et vecteurs propres. On a , donc
(somme géométrique, puisque ). On peut aussi écrire et , dont la somme avec vaut bien .
Vecteur . On calcule
Donc , c'est-à-dire .
Vecteur . On calcule, en utilisant et :
On veut montrer que ce vecteur est de la forme . Remarquons que la deuxième coordonnée s'écrit — plus simplement, utilisons et :
- Première coordonnée : .
- On vérifie la structure : posons (la première coordonnée). Alors
Or la deuxième coordonnée de est , qui coïncide bien avec . De même
qui est exactement la troisième coordonnée . Donc
et .
Interprétation. La matrice est une matrice circulante : chaque ligne est le décalage de la précédente. Pour ces matrices, les vecteurs où parcourt les racines de l'unité sont toujours des vecteurs propres, les valeurs propres correspondantes étant les valeurs du polynôme associé aux racines de l'unité. C'est le mécanisme qui sous-tend la transformée de Fourier discrète et les algorithmes de multiplication rapide de polynômes.
#Ce que les sujets évaluent vraiment
Trois gestes, répétés dans chaque session :
- Échelonner et lire. Le pivot de Gauss n'est jamais demandé pour lui-même : il sert à déterminer un rang, un noyau, un ensemble de solutions ou une inversibilité. Les questions se répondent en cascade (rang dimension du noyau inversibilité déterminant), et la bonne stratégie est de ne pas recalculer ce qu'une question précédente a déjà établi.
- Vérifier par la trace et le déterminant. Pour tout exercice de réduction, les deux contrôles gratuits sont et . Ils détectent la quasi-totalité des erreurs de calcul de polynôme caractéristique, et les corrigés officiels les utilisent systématiquement.
- Connaître les exemples canoniques. La matrice de rang , le décalage nilpotent, la matrice symétrique réelle, la matrice circulante : ces quatre familles reviennent d'une année sur l'autre et leurs propriétés (rang, spectre, diagonalisabilité) doivent être connues sans calcul.