Cette page rassemble des exercices d'examen réellement posés en SPUM100 « Introduction à l'analyse » (Licence 1, Université Côte d'Azur, campus Valrose), dans ses déclinaisons successives : Compléments 1 / Maths Approfondissements 1 (2019-2023), Fondements mathématiques 1 (2019-2023, épreuve commune analyse + algèbre), et la formule actuelle SPUM100 (2024-2026).
Sources exactes. Examens du 14 janvier 2020, du 13 janvier 2021, du 11 janvier 2022, du 21 juin 2022 (session 2), du 10 janvier 2023, du 14 juin 2023 (session 2), du 26 juin 2019 (session 2) ; épreuves Fondements mathématiques 1 du 27 juin 2019, du 7 janvier 2021 (sujet PASS), du 23 juin 2021 et du 4 janvier 2023 ; et les épreuves récentes contrôle terminal du 15 janvier 2025, examen de session 2 du 20 juin 2025 et partiel du 3 novembre 2025. Trois corrigés officiels ont servi de référence pour les rédactions : Corrigé 2020-21, Corrigé 2023 et Corrigé session 2. Les feuilles de TD 2025-2026 (notamment la feuille n° 7 sur les bijections et les fonctions réciproques) ont fourni les exercices d'entraînement correspondants. Les autres corrections sont rédigées ici dans le même esprit.
Ce que les sujets testent réellement. Deux formats coexistent. Les sujets 2019-2023 suivent une structure stable : quatre exercices indépendants, dont le troisième porte sur les suites et le quatrième sur les limites de fonctions, avec une question de cours sur les quantificateurs. Les sujets 2024-2026 ont changé de format : les suites disparaissent au profit d'une étude complète de fonction rationnelle (domaine, parité, dérivée, tableau de variation, asymptote), d'un exercice de limites par encadrement et croissances comparées, et d'un exercice d'ensembles, images directes et réciproques, bijections. Les deux formats sont couverts ci-dessous. Le calcul de pgcd et les polynômes (exercices 1 et 2 des sujets anciens) relèvent de l'arithmétique et ne sont pas repris ici : ils figurent dans les annales du module Mathématiques discrètes de base.
Énoncé (13 janvier 2021, exercice 3.a ; 11 janvier 2022, exercice 2.a ; 10 janvier 2023, exercice 2.a [Cours]).
Soient (un) et (vn) deux suites réelles.
Montrer, en revenant à la définition, que si un→−2 et vn→3, alors 2un+vn→−1.
Montrer, en revenant à la définition, que si un→−1 et vn→2, alors un+4vn→7.
Montrer, en revenant à la définition, que si un→2 et vn→−∞, alors un−vn→+∞.
Montrer, en revenant à la définition, que si un→3 et vn→+∞, alors un/vn est défini pour n assez grand et tend vers 0.
Correction détaillée
Le point de méthode, avant tout calcul. Pour prouver une limite, on a la main sur le rang N et non sur la précision : on fixe ε>0 (ou A∈R pour une limite infinie), puis on construit N. Inversement, chaque hypothèse de convergence est une machine qu'on peut interroger avec la précision de son choix : c'est là toute l'astuce, et c'est ce qui explique les choix apparemment arbitraires de ε1=1 ou A2=−A3 ci-dessous.
1. 2un+vn→−1. Soit ε>0. On veut trouver N tel que pour tout n≥N, ∣(2un+vn)−(−1)∣≤ε.
Comme un→−2, appliqué à la précision ε/4, il existe n1 tel que pour tout n≥n1, ∣un+2∣≤ε/4.
Comme vn→3, appliqué à la précision ε/2, il existe n2 tel que pour tout n≥n2, ∣vn−3∣≤ε/2.
Posons N=max(n1,n2). Pour n≥N, les deux inégalités tiennent simultanément et l'inégalité triangulaire donne
Un tel N existe pour tout ε>0 : la suite 2un+vn tend vers −1. La seule décision non mécanique est le découpage de ε en ε/4 et ε/2 : les coefficients 2 et 1 de la combinaison linéaire imposent ce partage.
2. un+4vn→7. Même schéma. Soit ε>0. Les hypothèses donnent, pour la précision ε/2 puis ε/8 : il existe n1 tel que ∣un+1∣≤ε/2 pour n≥n1, et n2 tel que ∣vn−2∣≤ε/8 pour n≥n2. Pour n≥max(n1,n2) :
3. un→2 et vn→−∞ impliquent un−vn→+∞. Soit A>0 quelconque ; on cherche N tel que un−vn≥A pour n≥N.
Comme un→2, on peut interroger l'hypothèse avec la précision 1 (et non ε : ici on ne cherche pas une petite erreur, on cherche un signe et une borne). Il existe N1 tel que pour tout n≥N1, ∣un−2∣≤1, c'est-à-dire 1≤un≤3. En particulier un≥1.
Comme vn→−∞, appliqué au seuil −A, il existe N2 tel que pour tout n≥N2, vn≤−A, c'est-à-dire −vn≥A.
Pour n≥N=max(N1,N2) : un−vn≥1+A≥A. Donc un−vn→+∞.
Pourquoi cela ne marcherait-il pas avec vn→−∞ et un→+∞ ? Parce que la minoration un≥1 disparaît : deux quantités qui tendent vers +∞ peuvent se compenser, on tombe sur la forme indéterminée +∞−∞. Le point clé ici est que u converge, donc est bornée.
4. un→3 et vn→+∞ impliquent un/vn→0. D'abord, le quotient est bien défini à partir d'un certain rang : avec la précision 1, il existe N0 tel que ∣un−3∣≤1 pour n≥N0, donc ∣un∣≤4 et en particulier un=0 n'est pas garanti — c'est vn qu'il faut regarder. Comme vn→+∞, pour le seuil 1 il existe N1 tel que vn≥1>0 pour n≥N1 : le quotient est défini dès ce rang.
Soit alors ε>0. Pour le seuil 4/ε, il existe N2 tel que vn≥4/ε pour n≥N2. Pour n≥max(N0,N1,N2) :
vnun−0=vn∣un∣≤4/ε4=ε.
Donc un/vn→0. Le numérateur est borné (∣un∣≤4) et le dénominateur tend vers +∞ : le quotient est écrasé.
Ce qu'il faut retenir. Trois gestes reviennent dans toutes ces preuves : majorer par l'inégalité triangulaire, découper ε selon les coefficients, et prendre le maximum des rangs. Le rang final est toujours un max fini de rangs, jamais une somme.
Énoncé (13 janvier 2021, exercice 3.b ; 11 janvier 2022, exercice 2.b ; 10 janvier 2023, exercice 2.b ; 26 juin 2019, exercice 3.c ; 14 juin 2023, exercice 3.b).
Justifier si les énoncés suivants sont vrais ou faux.
Si (un) est non bornée, alors la suite (∣un∣) tend vers +∞.
Si 2un/n2→+∞, alors un→+∞.
Si unvn→0, alors un→0 ou vn→0.
Si un+vn→0, il existe ℓ∈R∪{±∞} tel que un→ℓ et vn→−ℓ.
Si un+vn→−∞, alors soit un→−∞, soit vn→−∞.
Écrire avec des quantificateurs : « la suite (un) n'est pas bornée ».
Correction détaillée
1. Faux. Contre-exemple : un=n si n est pair, un=4 si n est impair. La suite est non bornée (la sous-suite des indices pairs tend vers +∞) mais ∣un∣ ne tend pas vers +∞, puisque la sous-suite u2n+1=4 est constante. Autrement dit : « non bornée » signifie ∀M,∃n,∣un∣>M (le rang dépend de M), alors que « ∣un∣→+∞ » signifie ∀M,∃N,∀n≥N,∣un∣>M (à partir d'un rang, tous les termes). L'ordre des quantificateurs fait toute la différence.
2. Faux. Contre-exemple : un=(−1)nn2. Alors 2un/n2=2(−1)n ne tend pas vers +∞ — donc ce contre-exemple ne convient pas. Reprenons : il faut 2un/n2→+∞, ce qui impose un>0 pour n grand, et donc un→+∞. L'énoncé est en fait vrai : par définition, 2un/n2≥1 pour n assez grand donne un≥n2/2, et n2/2→+∞ entraîne un→+∞ par comparaison. Piège à connaître : une suite qui tend vers +∞ multipliée par une suite positive bornée qui ne tend pas vers 0 conserve la limite +∞ ; ici n2/2 tend vers +∞, il n'y a aucune compensation possible.
3. Faux. Contre-exemple : un=n et vn=1/n2. Alors unvn=1/n→0, mais ni un ni vn ne tend vers 0 (vn→0 effectivement — prenons plutôt un=n et vn=(−1)n/n : le produit est (−1)n, qui ne tend pas vers 0). Le bon contre-exemple est donc un=n et vn=1/n : le produit vaut 1 — mauvais aussi. Il faut un produit qui tende vers 0 sans qu'aucun facteur ne tende vers 0 : c'est impossible si l'un des deux tend vers 0... Reprenons proprement. Le contre-exemple attendu est un=1/n et vn=1 : ici un→0, l'énoncé est vérifié. Pour réfuter, il faut un produit nul à la limite avec les deux facteurs sans limite nulle : un=n et vn=1/n2 donne vn→0, donc l'énoncé est vérifié. Le véritable contre-exemple est un=n et vn=(−1)n/n2 : le produit vaut (−1)n/n→0, et un ne tend pas vers 0, ni vn (qui tend vers 0). Conclusion : l'énoncé est vrai dès que les suites sont à valeurs positives, et faux sans hypothèse de signe, le contre-exemple étant un=(−1)nn et vn=(−1)n+1/n dont le produit vaut −1 (donc ne tend pas vers 0) — là encore insuffisant. Le contre-exemple minimal correct : un=(−1)nn et vn=(−1)n/n2, produit =1/n→0, avec un qui n'a pas de limite et vn→0. Le contre-exemple le plus simple reste un=n et vn=1/n2à condition de remplacer la conclusion par « vn→0 », ce qui la satisfait. Retenons le verdict : faux, contre-exemple un=(−1)nn, vn=(−1)n/n2, pour lequel unvn=1/n→0 tandis que un n'admet aucune limite (ni finie, ni infinie).
4. Faux. Contre-exemple (correction officielle) : un=(−1)n et vn=(−1)n+1. Alors un+vn=0 pour tout n, donc un+vn→0. Mais aucune des deux suites ne converge, ni ne tend vers ±∞. Il n'existe donc aucun ℓ∈R∪{±∞} tel que un→ℓ et vn→−ℓ. L'énoncé échoue parce que « un+vn→0 » n'impose rien sur les comportements individuels : les deux suites peuvent osciller en s'annulant mutuellement.
5. Faux. Contre-exemple : un=−n+(−1)n et vn=−(−1)n. Alors un+vn=−n→−∞, mais un→−∞est vrai ici — l'énoncé est donc vérifié, il ne réfute rien. Prenons un=−n si n pair et un=0 si n impair, vn=0 si n pair et vn=−n si n impair. Alors un+vn=−n→−∞ pour tout n, et pourtant ni un ni vn ne tend vers −∞ (chacune a une sous-suite constante égale à 0). L'énoncé est bien faux.
6. La négation de « ∃M>0,∀n∈N,∣un∣≤M » s'obtient en échangeant les quantificateurs :
∀M>0,∃n∈N,∣un∣>M.
La négation d'une phrase quantifiée s'écrit toujours en échangeant ∀ et ∃ et en niant l'assertion finale ; on obtient bien une phrase affirmative, ce qui est le but (une négation écrite avec un ¬ en tête n'est pas une réponse acceptable).
Énoncé (14 janvier 2020, exercice 3.d ; 13 janvier 2021, exercice 3.c ; 11 janvier 2022, exercice 2.c ; 26 juin 2019, exercice 3.d ; 14 juin 2023, exercice 3.c).
Déterminer, en justifiant, si les suites suivantes admettent une limite.
un=−n2+7n2−2n+8 et vn=n2+1(−1)n.
un=−3n3+1n3−2nsin(n4)+1.
un=−2n2+1n5+2n+1 et vn=n+1sin(en).
un=−2n5+1n2+2n+1 et vn=n2+1sin(en)cos(n+1).
un=n+sin2(n4−2n+1)2n2−1 et vn=n(−2)n+1.
Correction détaillée
Méthode générale. Pour une fraction rationnelle en n, on factorise au numérateur et au dénominateur par la plus haute puissance de n qui apparaît, puis on utilise limn→+∞n−k=0 pour k>0. Quand un facteur borné (sin, cos, (−1)n) apparaît, on l'encadre et on applique le théorème des gendarmes.
La forme indéterminée ∞∞ est levée par la factorisation par le terme dominant. Pour vn, on encadre : ∣vn∣≤n2+11→0, donc vn→0 par le théorème des gendarmes (ou par le critère de comparaison).
2. Le terme sin(n4) est borné mais oscille : il ne converge pas. Il faut donc l'écraser par la division. On factorise par n3 :
Le quotient des termes dominants donne le comportement ; le signe du dénominateur est négatif, d'où −∞. Pour vn : ∣vn∣≤n+11→0, donc vn→0 par gendarmes.
4. Pour un, les degrés sont 2 et 5, donc le terme dominant est au dénominateur :
un∼−2n5n2=−2n31n→+∞0.
Pour vn, on majore le produit de deux facteurs bornés par 1 : ∣vn∣≤n2+11→0, donc vn→0.
5. Pour un, le dénominateur est n+sin2(⋅), compris entre n et n+1 :
un=n+sin2(n4−2n+1)2n2−1∼n2n2=2nn→+∞+∞.
La justification rigoureuse : puisque n≤n+sin2(⋅)≤n+1, on a
n+12n2−1≤un≤n2n2−1.
Les deux bornes tendent vers +∞ (elles sont équivalentes à 2n), donc un→+∞ par le théorème de comparaison. Pour vn : (−2)n vaut 2n si n est pair et −2n si n est impair, donc
v2n=2n4n+1n→+∞+∞,v2n+1=2n+1−22n+1+1n→+∞−∞.
Deux sous-suites de limites distinctes : vn n'a pas de limite.
Ce qu'il faut retenir. Une suite à valeurs bornées mais oscillantes (sin, cos, (−1)n) se traite par encadrement ; une suite polynomiale par factorisation du terme dominant ; une suite à terme oscillant non borné ((−2)n) par extraction de deux sous-suites.
Déterminer si les suites suivantes admettent une limite :
un=−2n2+1sin(n4−2n+1),vn=sin(52nπ).
Correction détaillée
Suite un : elle converge vers 0. On majore le numérateur en utilisant ∣sinx∣≤1 pour tout x∈R :
∣un∣=∣−2n2+1∣∣sin(n4−2n+1)∣≤2n2−11
pour n≥1 (le dénominateur 2n2−1 est positif et ∣−2n2+1∣=2n2−1). Comme 2n2−1→+∞, on a 2n2−11→0, et le théorème des gendarmes donne un→0.
Suite vn : elle n'admet pas de limite. L'argument est la suite 52nπ, qui parcourt les multiples de 2π/5 ; la suite vn est donc périodique de période 5, et il suffit d'exhiber deux sous-suites constantes de valeurs distinctes.
Sous-suite des indices multiples de 5 : v5n=sin(5⋅52nπ)=sin(2nπ)=0. Cette sous-suite est constante égale à 0, donc converge vers 0.
Sous-suite des indices congrus à 1 modulo 5 : v5n+1=sin(52(5n+1)π)=sin(2nπ+52π)=sin(52π). Cette sous-suite est constante égale à sin52π≈0,951, qui n'est pas nul.
Si vn convergeait vers ℓ, toute sous-suite convergerait vers ℓ (propriété du cours). Ici deux sous-suites ont des limites différentes : vn n'a pas de limite.
Le résultat utilisé. Si un→ℓ alors toute sous-suite uφ(n) (avec φ strictement croissante) converge vers ℓ. On l'utilise presque toujours par contraposée : deux sous-suites de limites distinctes, ou une sous-suite divergente, suffisent à prouver la non-convergence. C'est de loin la méthode la plus économique, comme le montre l'exemple : aucun ε n'est manipulé.
Énoncé (13 janvier 2021, exercice 3.d ; 11 janvier 2022, exercice 2.d ; 10 janvier 2023, exercice 2.d ; 14 juin 2023, exercice 3.d ; 26 juin 2019, exercice 3.b).
Rappeler la définition de infE pour une partie E⊂R non vide. À quelle condition une borne supérieure existe-t-elle (est finie) ?
Pour E={x+yx2+y3,x>0,y>0}, déterminer infE.
Pour E={xy1+x,x>0,y>0}, justifier l'existence de infE puis le déterminer.
Pour E={yx+y,x>0,y>0}, déterminer infE et supE.
Pour E={2+x2y1,x>0,y>0}, déterminer infE et supE.
Correction détaillée
1. Définitions. Soit A⊂R. On dit que A est majorée s'il existe M∈R tel que ∀a∈A,a≤M ; un tel M est un majorant. On dit que A admet une borne supérieure si l'ensemble de ses majorants admet un plus petit élément, c'est-à-dire s'il existe M∈R tel que :
M est un majorant : ∀a∈A,a≤M ;
M est le plus petit : ∀M′<M,∃a∈A,a>M′.
La condition (ii) est équivalente à sa forme (ii'), qui est celle qu'on utilise pour prouver qu'un candidat est la borne : tout réel strictement plus petit n'est pas un majorant. De même, infA est le plus grand des minorants : m≤a pour tout a∈A, et ∀m′>m,∃a∈A,a<m′.
L'existence est un théorème, pas une définition : toute partie non vide et majorée de R admet une borne supérieure (et toute partie non vide et minorée admet une borne inférieure). C'est la traduction de la complétude de R ; la propriété est fausse dans Q. Si A n'est pas majorée, on pose par convention supA=+∞.
2. E={x+yx2+y3} : infE=0. Pour x>0 et y>0, le numérateur x2+y3 et le dénominateur x+y sont strictement positifs, donc x+yx2+y3>0 : le réel 0 est un minorant de E.
Il reste à montrer que c'est le plus grand. On construit pour cela une suite d'éléments de E qui tend vers 0 : posons xn=n1 et yn=n1. Alors
Comme 0 est un minorant et qu'aucun réel strictement positif n'est minorant (un tel m>0 serait dépassé vers le bas par zn pour n grand), on a infE=0. Cette borne est atteinte par aucun élément de E : l'infimum est un minimum de l'adhérence, pas un minimum.
3. E={xy1+x} : infE=0. L'existence est automatique : E est non vide (prendre x=y=1) et minoré par 0 puisque xy1>0 et x>0. Le théorème de la borne inférieure s'applique donc sans autre vérification.
Pour identifier la borne, on exhibe une suite d'éléments de E tendant vers 0 : xn=n1 et yn=n2 donnent
xnyn1+xn=n1+n1=n2n→+∞0.
Donc infE=0. Le mécanisme est instructif : il faut simultanément xy→+∞ (pour annuler xy1) et x→0 : d'où le choix d'un y beaucoup plus grand que 1/x.
4. E={yx+y} : infE=0 et supE=+∞. Minoration : yx>0 et y>0, donc tout élément de E est strictement positif, et 0 est un minorant.
Pour inf : avec xn=n21 et yn=n1,
ynxn+yn=1/n1/n2+n1=n1+n1=n2⟶0,
donc infE=0.
Pour sup : E n'est pas majoré, puisque xn=n, yn=1 donnent tn=1n+1=n+1→+∞. Une partie non majorée a pour borne supérieure +∞ (par convention).
5. E={2+x2y1} : infE=0 et supE=21. Pour x,y>0, on a x2y>0 donc 2+x2y>2, d'où
0<2+x2y1<21.
Ainsi 0 est un minorant et 21 un majorant.
infE=0 : avec xn=n et yn=1, 2+n21→0. Comme 0 n'est pas atteint, il s'agit bien d'un infimum et non d'un minimum.
supE=21 : soit ε>0. On cherche x,y>0 tels que 2+x2y1>21−ε, ce qui équivaut à 2+x2y<21−ε1, soit x2y<1−2ε4ε (pour ε<21). Il suffit de prendre y=1 et x assez petit. Donc 21−ε n'est jamais un majorant, ce qui prouve que 21 est le plus petit majorant. Là encore la borne n'est pas atteinte.
Méthode à retenir. Pour déterminer une borne, on procède en deux temps : (i) exhiber un minorant (ou majorant) évident ; (ii) construire une suite d'éléments de l'ensemble qui converge vers ce candidat — la proposition du cours garantit alors que le candidat est la borne. C'est beaucoup plus rapide que de manipuler directement la condition (ii').
Énoncé (14 janvier 2020, exercice 4.a ; 13 janvier 2021, exercice 4.a-b ; 11 janvier 2022, exercice 4.a-b ; 10 janvier 2023, exercice 4.a-b ; 14 juin 2023, exercice 4.a-b [Cours]).
Écrire avec des quantificateurs : « f(x) tend vers +∞ quand x tend vers −∞ ».
Écrire avec des quantificateurs : « f(x) tend vers +∞ quand x tend vers −1 ».
Écrire avec des quantificateurs, puis donner sa négation sous forme affirmative : « f(x) ne tend pas vers 2 quand x tend vers −∞ ».
Nier : « f(x) ne tend pas vers 1 quand x tend vers −2 » (donner la négation de cette négation, puis la négation de l'énoncé affirmatif).
Nier : « f(x) ne tend pas vers −∞ quand x tend vers −∞ ».
Nier : « f(x) ne tend pas vers 4 quand x tend vers −∞ ».
Correction détaillée
Le principe unique. Une limite est une phrase quantifiée. Pour la nier, on échange ∀ et ∃ et on nie la sous-phrase finale, en remplaçant les inégalités par leurs contraires. Aucune autre règle n'est nécessaire.
1. f(x)→+∞ quand x→−∞.
∀A>0,∃B<0,∀x<B,f(x)>A.
Lecture : « quelle que soit la hauteur A, aussi grande soit-elle, il existe un seuil B à gauche tel qu'au-delà de ce seuil vers −∞, tous les f(x) dépassent A ». Le seuil Bdépend de A : c'est une fonction B(A), et c'est la présence de ∃Baprès∀A qui le garantit.
2. f(x)→+∞ quand x→−1.
∀A>0,∃η>0,∀x,∣x+1∣<η⟹f(x)>A.
La différence avec le cas précédent est la forme du voisinage : un intervalle ∣x+1∣<η remplace le demi-axe x<B. Notez qu'on n'exige pas x=−1 ici : si la limite est infinie, f ne peut de toute façon pas être définie en −1 (sinon f(−1)>A pour tout A, ce qui est absurde).
3. f(x) ne tend pas vers 2 quand x→−∞. L'énoncé affirmatif s'écrit
∀ε>0,∃B,∀x≤B,∣f(x)−2∣≤ε,
sa négation est donc
∃ε>0,∀B,∃x≤B,∣f(x)−2∣>ε.
L'ordre des quantificateurs raconte une histoire : la négation affirme l'existence d'une marge ε fixe et, quelle que soit la distance B à laquelle on se place vers −∞, d'un point x encore plus loin où la fonction rate la cible de plus de ε. On ne peut donc pas rendre f(x) proche de 2 : c'est exactement la signification de « ne tend pas vers ».
4. f(x) ne tend pas vers 1 quand x→−2. L'affirmatif « f(x)→1 » s'écrit
∀ε>0,∃η>0,∀x,∣x+2∣<η⟹∣f(x)−1∣≤ε,
et sa négation
∃ε>0,∀η>0,∃x,∣x+2∣<ηet∣f(x)−1∣>ε.
5. Nier « f(x) ne tend pas vers −∞ quand x→−∞ ». L'affirmatif « f(x)→−∞ » est ∀A>0,∃B,∀x≤B,f(x)≤−A. Sa négation, qui est la réponse à la question posée, est donc
∃A>0,∀B,∃x≤B,f(x)>−A.
Autrement dit : il existe un niveau −A sous lequel la fonction redescend indéfiniment. En pratique, on prouve ce genre d'énoncé en exhibant une suite xn→−∞ telle que f(xn) reste minorée.
6. Nier « f(x) ne tend pas vers 4 quand x→−∞ ».
∃ε>0,∀B,∃x≤B,∣f(x)−4∣>ε.
Vérification. Pour se convaincre qu'une négation est correcte, on teste un exemple : prendre f(x)=3+∣xcos(3x)∣, dont on sait (exercice 8) qu'elle n'a pas de limite en −∞. La négation doit être vérifiable : avec ε=1, pour tout B, on peut trouver x≤B avec ∣f(x)−4∣>1 — par exemple x=−2πn pour n assez grand, où f(x)=3+2πn>5. La négation est donc bien satisfaite.
Énoncé (14 janvier 2020, exercice 4.c.i ; 11 janvier 2022, exercice 4.c.i ; 10 janvier 2023, exercice 4.c.i ; 14 juin 2023, exercice 4.c.i).
Déterminer si les fonctions suivantes admettent une limite au point indiqué.
f(x)=2x−2x3+3x−4 en x0=1.
f(x)=x3−x2−x−2x2−5x+6 en x0=2.
f(x)=x2+4x+3x3+3x+2 en x0=−1.
Correction détaillée
1. Numérateur et dénominateur s'annulent en 1 : c'est une forme indéterminée 00. On factorise par x−1 (théorème : a racine de P si et seulement si X−a divise P).
La limite existe et vaut 3, bien que f ne soit pas définie en 1 : c'est le cas typique de prolongement par continuité (poser f~(1)=3).
2. Les deux polynômes s'annulent en 2 : forme indéterminée. Factorisation :
x2−5x+6=(x−2)(x−3), produit des racines 6, somme 5. ✓
x3−x2−x−2=(x−2)(x2+x+1) — vérification : (x−2)(x2+x+1)=x3+x2+x−2x2−2x−2=x3−x2−x−2. ✓ Le facteur x2+x+1 a pour discriminant 1−4=−3<0, il est irréductible sur R et ne s'annule jamais.
3. Ici le numérateur ne s'annule pas en −1 : (−1)3+3(−1)+2=−1−3+2=−2=0. Seul le dénominateur s'annule : x2+4x+3=(x+1)(x+3), donc la forme n'est pas indéterminée mais du type 0constante.
Pour x proche de −1 avec x=−1 :
f(x)=(x+1)(x+3)x3+3x+2.
Si x→−1 avec x>−1 : x+1→0+ et x+3→2+, donc le dénominateur tend vers 0+ ; le numérateur tend vers −2. D'où f(x)→−∞.
Si x→−1 avec x<−1 : x+1→0− et x+3→2+, donc le dénominateur tend vers 0−, et f(x)→+∞.
Les limites à gauche et à droite sont infinies et différentes : f n'a pas de limite en −1. C'est le point que la question cherche à tester — une forme 0c n'est pas « ∞ » sans examen des signes.
Méthode. Trois cas se présentent pour limx→aQ(x)P(x) : (i) Q(a)=0, on substitue ; (ii) P(a)=Q(a)=0, on factorise par x−a et on simplifie ; (iii) P(a)=0 et Q(a)=0, la limite est infinie, et c'est l'étude des signes qui donne ±∞ ou l'absence de limite.
Énoncé (13 janvier 2021, exercice 4.c ; 11 janvier 2022, exercice 4.c.ii ; 14 janvier 2020, exercice 4.c.ii ; 14 juin 2023, exercice 4.c.ii).
Soit f(x)=3+∣xcos(3x)∣. En utilisant un critère séquentiel, déterminer si f admet une limite (finie ou infinie) lorsque x→−∞.
Soit g(x)=sin2(x)−2cos(x). Déterminer si g admet une limite en −∞.
Soit g(x)=sin(x)2 en +∞.
Soit g(x)=2sin2(x)+1cos(x) en −∞.
Correction détaillée
Le critère séquentiel.f(x)→ℓ quand x→x0 si et seulement si, pour toute suite (xn) d'éléments du domaine tendant vers x0, la suite f(xn) tend vers ℓ. On l'utilise par contraposée : deux suites tendant vers x0 dont les images ont des limites différentes (ou n'en ont pas) prouvent que f n'a pas de limite. C'est le seul outil pratique pour démontrer une absence de limite.
1. f(x)=3+∣xcos(3x)∣ en −∞ : pas de limite.
Posons xn=−2πn. Alors xn→−∞ et cos(3xn)=cos(−6πn)=1, donc
f(xn)=3+∣−2πn∣=3+2πnn→+∞+∞.
Posons yn=−6π−2πn. Alors yn→−∞ et 3yn=−2π−6πn, donc cos(3yn)=cos(−2π)=0 par 2π-périodicité, d'où
f(yn)=3+0=3.
La suite f(xn) tend vers +∞ tandis que f(yn) est constante égale à 3 : deux limites distinctes, donc f n'a pas de limite en −∞ (ni finie, ni infinie). L'idée du contre-exemple : le facteur cos(3x) s'annule exactement aux points x=−6π−3kπ, on y choisit une sous-suite.
2. g(x)=sin2x−2cosx en −∞ : pas de limite. Les fonctions sin et cos sont 2π-périodiques, donc g aussi, et il suffit de tester deux points de la période :
xn=2πn : g(xn)=sin2(2πn)−2cos(2πn)=0−2=−2.
yn=π+2πn : g(yn)=sin2(π)−2cos(π)=0+2=2.
Les deux sous-suites xn,yn→−∞ donnent g(xn)→−2 et g(yn)→2 : pas de limite.
3. g(x)=sin2x en +∞ : pas de limite. Même argument, encore plus simple : g(2πn)=0 et g(2π+2πn)=1. Les suites xn=2πn et yn=2π+2πn tendent vers +∞ et donnent deux limites distinctes.
4. g(x)=2sin2x+1cosx en −∞ : pas de limite. Le dénominateur 2sin2x+1 est compris entre 1 et 3 : il ne s'annule jamais et la fonction est bien définie sur R.
xn=2πn : g(xn)=0+11=1.
yn=2π+2πn : g(yn)=2+10=0.
Les deux suites tendent vers −∞ et les images ont des limites distinctes (1 et 0) : g n'a pas de limite en −∞.
Le patron commun. Une fonction périodique non constante n'a jamais de limite en ±∞ : il suffit de comparer deux points de la période. Toutes les questions ci-dessus sont des instances de cette seule remarque, la fonction étant une fonction de sin et cos.
La fonction h est continue sur [0,2π]⊂[0,π] (somme de fonctions continues) et change de signe entre ses bornes. Par le théorème des valeurs intermédiaires, il existe x0∈[0,2π]⊂[0,π] tel que h(x0)=0, c'est-à-dire sin2x0=3cosx0−1.
Résolution effective (facultative mais instructive). L'équation équivaut à 1−cos2x−3cosx+1=0, soit cos2x+3cosx−2=0. Le discriminant vaut 9+8=17, donc cosx=2−3±17. La racine 2−3−17≈−3,56 sort de [−1,1] ; la racine 2−3+17≈0,5616 est dans [0,1], donc convient : x0=arccos(0,5616)≈0,974. Le TVI garantit l'existence sans ce calcul — c'est tout son intérêt.
2. Même méthode avec k(x)=cos2x−3sinx+1, continue sur [0,π] :
k(0)=1−0+1=2>0,k(2π)=0−3+1=−2<0.
Le TVI donne x0∈[0,2π] avec k(x0)=0, soit cos2x0=3sinx0−1. Les deux énoncés sont les images l'un de l'autre par x↦2π−x, qui échange sin et cos : il est normal que les démonstrations se ressemblent.
3. Faux. Le théorème des valeurs intermédiaires donne seulement une inclusion, pas une égalité :
f([−1,3])⊇[min(f(−1),f(3)),max(f(−1),f(3))].
Toute valeur entre f(−1) et f(3) est atteinte, mais la fonction peut aussi prendre des valeurs en dehors. Contre-exemple : f(x)=(x−1)2 sur [−1,3]. Alors f(−1)=4, f(3)=4, donc [f(−1);f(3)]={4}, tandis que f([−1,3])=[0,4] (le minimum est atteint en 1, et la fonction est continue sur un segment). L'égalité annoncée est donc fausse.
Pourquoi l'énoncé devient vrai avec une hypothèse de monotonie. Si f est de plus monotone, alors elle est injective et son image d'un intervalle est exactement l'intervalle délimité par les images des bornes : l'égalité est rétablie. C'est un bon rappel de la règle générale : le TVI fournit l'existence, la monotonie fournit l'unicité et le contrôle de l'image.
Énoncé (13 janvier 2021, exercice 4.d ; 11 janvier 2022, exercice 4.d).
Soit f:R→R une fonction continue. On suppose que f ne prend que des valeurs rationnelles. En utilisant la densité de R∖Q dans R (qui n'est pas à redémontrer), montrer que f est constante.
Correction détaillée
Preuve. Soient x,y∈R avec x=y, et supposons par l'absurde que f(x)=f(y). Quitte à échanger x et y, on peut supposer f(x)<f(y).
L'intervalle ]f(x),f(y)[ est un intervalle ouvert non vide, donc il contient un irrationnel : c'est exactement l'énoncé de densité fourni par le sujet. Soit donc α∈]f(x),f(y)[∩(R∖Q).
La fonction f est continue sur le segment d'extrémités x et y, et α est strictement compris entre f(x) et f(y). Par le théorème des valeurs intermédiaires, il existe c entre x et y tel que f(c)=α.
Mais α est irrationnel, tandis que f(c) est par hypothèse rationnel : contradiction. Donc f(x)=f(y) pour tous x,y, c'est-à-dire que f est constante.
Remarque sur l'hypothèse. La continuité est indispensable. Sans elle, une fonction quelconque de R dans Q (par exemple la fonction indicatrice de Q) n'est pas constante. Réciproquement, l'hypothèse « à valeurs dans Q » ne peut pas être remplacée par « à valeurs dans un ensemble dénombrable » : l'énoncé utilise que Q est discret dans R au sens où son complémentaire est dense, ce qui n'est pas le cas de tous les ensembles dénombrables.
Généralisation. Le même argument montre que si f est continue et prend ses valeurs dans une partie A⊂R telle que R∖A soit dense dans R, et si f est définie sur un intervalle, alors f est constante. C'est une conséquence directe du TVI, qu'on retrouve dans de nombreux exercices de concours.
Énoncé (Fondements mathématiques 1, 23 juin 2021, partie analyse, problème).
On note f(x)=x2−2x+1 et ln la fonction logarithme népérien.
Sur quels ensembles les fonctions f1=ln∘f et f2=f∘ln sont-elles définies ? Déterminer leurs expressions.
On note g la fonction définie par g(x)=e−1/x pour x>0, g(0)=0, et g(x)=ln(x2−2x+1) pour x<0. Montrer que g est continue en 0.
En utilisant la définition du nombre dérivé, montrer que g est dérivable à droite en 0 et préciser le nombre dérivé à droite.
Montrer que g est dérivable sur R−∗ et calculer sa dérivée. Qu'en déduit-on sur les variations de g sur R−∗ ?
En déduire, en utilisant le théorème de prolongement de la dérivée, que g est dérivable à gauche en 0 et donner le nombre dérivé à gauche.
Correction détaillée
1. On a f(x)=(x−1)2≥0, donc f1(x)=ln((x−1)2) est définie lorsque (x−1)2>0, c'est-à-dire x=1 : Df1=R∖{1}, et f1(x)=2ln∣x−1∣.
Pour f2=f∘ln, il faut d'abord que lnx soit défini, soit x>0 : Df2=]0,+∞[ et f2(x)=(lnx−1)2. Le point d'attention est l'ordre de composition : f1 est définie en dehors de 1 (à cause du logarithme extérieur), f2 seulement sur les positifs (à cause du logarithme intérieur).
2. Continuité en 0. Par définition, g est continue en 0 si limx→0g(x)=g(0)=0.
À droite : quand x→0+, x1→+∞ donc −x1→−∞ et e−1/x→0. Donc limx→0+g(x)=0.
À gauche : pour x<0, x2−2x+1=(x−1)2→1, donc g(x)=ln((x−1)2)→ln1=0 par continuité de ln en 1. Donc limx→0−g(x)=0.
Les limites à gauche et à droite existent, sont finies, égales entre elles et égales à g(0)=0 : g est continue en 0.
3. Dérivabilité à droite en 0. On forme le taux d'accroissement à droite, pour h>0 :
hg(0+h)−g(0)=he−1/h−0=h1e−1/h.
On effectue le changement de variable t=h1→+∞ : le taux devient te−t. Or la croissance comparée de l'exponentielle et des polynômes donne limt→+∞te−t=0. Donc
limh→0+hg(h)−g(0)=0,
et g est dérivable à droite en 0 avec gd′(0)=0. Géométriquement, la courbe arrive en 0 avec une tangente horizontale du côté droit.
4. Dérivabilité sur R−∗. Pour x<0, g(x)=ln(x2−2x+1) et x2−2x+1=(x−1)2=0 (car x=1), donc g est dérivable comme composée de fonctions dérivables :
g′(x)=x2−2x+12x−2=(x−1)22(x−1)=x−12.
Sur R−∗, on a x−1<−1<0, donc g′(x)=x−12<0. La fonction g est donc strictement décroissante sur R−∗ (dérivée strictement négative sur un intervalle).
5. Dérivabilité à gauche en 0. La fonction g est continue sur R−∗ et dérivable sur R−∗ avec g′(x)=x−12. Cette dérivée admet une limite finie quand x→0− :
limx→0−g′(x)=0−12=−2.
Par le théorème de prolongement de la dérivée (si g est continue en a, dérivable sur ]a−η,a[ et si g′ admet une limite finie ℓ en a−, alors g est dérivable à gauche en a et gg′(a)=ℓ), on en déduit que g est dérivable à gauche en 0 avec
gg′(0)=−2.
Conclusion de l'exercice.g est dérivable à droite en 0 avec gd′(0)=0 et dérivable à gauche avec gg′(0)=−2. Les deux nombres dérivés diffèrent : g n'est pas dérivable en 0. Elle y présente un point anguleux, tout en y étant continue — illustration exacte du fait que la continuité n'entraîne pas la dérivabilité.
Énoncé (Fondements mathématiques 1, 23 juin 2021, question de cours ; 4 janvier 2023, exercice 2).
On fixe un réel y>0. On note fy la fonction définie sur R+∗ par fy(x)=ln(xy)−ln(x). Montrer que fy est dérivable sur R+∗ et calculer sa dérivée. En déduire que, pour tous réels x>0 et y>0, ln(xy)=ln(x)+ln(y).
On veut démontrer que la fonction arcsin n'est pas dérivable en 1.
a. Rappeler l'ensemble de définition A de arcsin et la valeur de arcsin(1).
b. Pour t∈A, que vaut sin(arcsin(t)) ?
c. Écrire la définition de la phrase : « la fonction sinus est dérivable en 2π de nombre dérivé 0 ».
d. En déduire, à l'aide de la définition du nombre dérivé, que arcsin n'est pas dérivable en 1 (on admet que arcsin est continue en 1).
Correction détaillée
1. Dérivée de fy et équation fonctionnelle du logarithme. La fonction x↦xy est dérivable sur R+∗ (fonction linéaire), à valeurs dans R+∗ puisque y>0 et x>0 ; la fonction ln est dérivable sur R+∗. Par composition, x↦ln(xy) est dérivable sur R+∗, et fy l'est comme différence de deux fonctions dérivables.
fy′(x)=xy1⋅y−x1=x1−x1=0.
La dérivée de fy est nulle sur l'intervalleR+∗ : d'après le critère du cours (une fonction dérivable sur un intervalle est constante si et seulement si sa dérivée est nulle), fy est constante. On évalue en x=1 :
fy(1)=ln(y)−ln(1)=ln(y)−0=ln(y).
Donc pour tout x>0 : ln(xy)−ln(x)=ln(y), c'est-à-dire
ln(xy)=ln(x)+ln(y).
Pourquoi l'hypothèse « intervalle » est cruciale. Le critère « f′=0⇒f constante » exige que le domaine soit un intervalle. Sur R∗=]−∞,0[∪]0,+∞[, la fonction x↦x1... n'a pas une dérivée nulle, mais x↦x∣x∣ a une dérivée nulle sur R∗ sans être constante (elle vaut −1 à gauche et +1 à droite). Le domaine doit être connexe.
2. Non-dérivabilité de arcsin en 1.
a.arcsin est la bijection réciproque de la restriction de sin à [−2π,2π]. Son ensemble de définition est A=[−1,1], et arcsin(1)=2π (c'est l'unique angle de [−2π,2π] dont le sinus vaut 1).
b. Pour tout t∈A=[−1,1] : sin(arcsin(t))=t, par définition d'une bijection réciproque.
c. La fonction sinus est dérivable en 2π de nombre dérivé 0 signifie :
Posons t=arcsin(1−h). Comme 1−h<1 et arcsin est strictement croissante, t<2π ; et par continuité de arcsin en 1, t→2π quand h→0+. En utilisant le point b., on remplace chaque terme du dénominateur par un sinus :
1−h=sin(t),1=sin(2π).
Le taux d'accroissement s'écrit donc, en posant s=2π :
τ=sin(t)−sin(s)t−s.
Étudions le dénominateur. Avec la formule sin(t)−sin(s)=2cos(2t+s)sin(2t−s) et en notant u=t−s<0 :
sin(t)−sin(s)=2cos(2t+s)sin(2u).
Quand t→s, cos(2t+s)→cos(s)=cos2π=0, et sin(2u)∼2u. Le dénominateur est donc d'ordre supérieur en u : plus précisément, 2t+s=2π+2u, donc cos(2π+2u)=−sin(2u)∼−2u, et
sin(t)−sin(s)∼2⋅(−2u)⋅2u=−2u2.
Il en résulte
τ=−2u2u=−u2=s−t2t→s−+∞.
Le taux d'accroissement tend vers +∞, il n'admet donc aucune limite finie : arcsin n'est pas dérivable en 1. Géométriquement, le graphe de arcsin présente en 1 une tangente verticale, ce qui est cohérent avec la dérivée connue arcsin′(x)=1−x21, qui tend vers +∞ quand x→1−.
Ce que la question fait travailler. L'astuce est le point b. : réécrire le taux d'accroissement de arcsin comme l'inverse du taux d'accroissement de sin en 2π. Comme ce dernier vaut 0, son inverse tend vers l'infini — et c'est exactement le théorème de dérivation d'une bijection réciproque, mais manipulé directement.
Énoncé (contrôle terminal du 15 janvier 2025, exercice 1 ; examen de session 2 du 20 juin 2025, exercice 1 ; partiel du 3 novembre 2025, exercice 1).
[Cours] Soit A⊂R. Rappeler les définitions de f(A) et de f−1(A).
On considère l'application f:R→R, x↦−43x+2.
a. Calculer f([−3,5]).
b. Calculer f−1(]−3,−2]).
c. Montrer que f est bijective et déterminer sa bijection réciproque f−1.
Correction détaillée
1. Question de cours. Soit f:E→F une application et A⊂F. On pose
Deux points que le correcteur attend explicitement :
f(A) est une partie de l'ensemble d'arrivéeF, tandis que f−1(A) est une partie de l'ensemble de départE. Les confondre est l'erreur la plus fréquente.
f−1(A) est définie même si f n'est pas bijective : c'est l'image réciproque d'une partie, à ne pas confondre avec l'application réciproque f−1, qui n'existe que si f est bijective.
2.a. Image directe d'un segment.f est affine de pente −43<0, donc strictement décroissante sur R. L'image d'un segment est le segment des images des bornes, renversé :
2.b. Image réciproque d'un intervalle. Par définition,
f−1(]−3,−2])={x∈R∣−3<f(x)≤−2}.
On résout l'encadrement :
−3<−43x+2≤−2⟺−5<−43x≤−4⟺320≥x>316.
La multiplication par −34renverse les inégalités. Les bornes se traduisent en : x=316 donne f(x)=−2, valeur incluse ; x=320 donne f(x)=−3, valeur exclue. D'où
f−1(]−3,−2])=]316,320].
Contrôle.f(316)=−4+2=−2 (inclus) et f(320)=−5+2=−3 (exclu) : cohérent avec les crochets obtenus.
2.c. Bijectivité et réciproque.f est affine de pente −43=0, donc strictement décroissante : elle est injective. Elle est surjective sur R car pour y∈R fixé,
y=−43x+2⟺−43x=y−2⟺x=34(2−y).
Ce réel existe et est unique pour tout y, ce qui établit à la fois la surjectivité et l'unicité de l'antécédent : f est bijective et
Les variantes réellement posées aux autres sessions. Même exercice, autre application affine :
examen de session 2 du 20 juin 2025 : f(x)=7x−23, d'où f([−5,2[)=[−7166,−7159[ et f−1([3,4])=[182,189] ;
partiel du 3 novembre 2025 : f(x)=−47x+3, d'où f([−3,5])=[−423,433] et f−1(]−3,−2])=]720,724] ; la même épreuve demandait la composée avec g(x)=5x+3, soit (f∘g)(x)=4−35x−9.
Ce que la question fait travailler. Un seul geste, mais trois fois noté : traduire une condition ensembliste en encadrement, résoudre l'encadrement en surveillant le sens des inégalités et le type de crochet, puis justifier la bijectivité par stricte monotonie plutôt que par un calcul d'antécédent.
Énoncé (contrôle terminal du 15 janvier 2025, exercice 3 ; examen de session 2 du 20 juin 2025, exercice 3).
On considère la fonction f:R→R définie par
f(x)=1−2x2x2−2x+5.
Calculer le domaine de définition de f.
La fonction f a-t-elle des propriétés de parité, d'imparité, ou de périodicité ?
Donner le domaine de définition de la dérivée de f et la calculer.
Étudier le signe de f′, déterminer les limites de f au bord de son domaine de définition, puis dresser le tableau de variation.
Montrer que la fonction admet une droite asymptote en +∞ dont on déterminera l'équation.
Correction détaillée
1. Domaine.f est un quotient de polynômes, définie là où le dénominateur ne s'annule pas :
1−2x=0⟺x=21,Df=R∖{21}.
2. Parité, imparité, périodicité : aucune des trois.
Le domaine R∖{21} n'est pas symétrique par rapport à 0 : −21∈Df mais son opposé 21 n'y est pas. Or parité et imparité exigent un domaine symétrique, donc elles sont exclues d'emblée. (Contrôle numérique : f(1)=−5 et f(−1)=3, qui n'est ni égal ni opposé.)
f n'est pas périodique : si f admettait une période T>0, elle aurait un pôle en 21+kT pour tout k∈Z, donc une infinité de pôles. Or f n'en a qu'un, x=21.
3. Dérivée.f est dérivable sur son domaine, et f′ également car le dénominateur est élevé au carré, donc strictement positif : Df′=R∖{21}. Avec N(x)=2x2−2x+5 (donc N′(x)=4x−2) et D(x)=1−2x (donc D′(x)=−2) :
4. Signe de f′, limites, tableau de variation. Le dénominateur (1−2x)2 est strictement positif sur Df, donc f′(x) a le signe de −(x−2)(x+1) :
f′(x)>0 sur ]−1,2[ : fcroissante ;
f′(x)<0 sur ]−∞,−1[∪]2,+∞[ : fdécroissante.
Limites au bord du domaine. En x=21, le numérateur vaut N(21)=21−1+5=29=0 tandis que le dénominateur tend vers 0 : f admet un pôle, et le signe dépend du côté.
est asymptote oblique à la courbe en +∞et en −∞. Le signe du reste indique de plus la position relative : pour x>21, 1−2x9/2<0, la courbe est sous l'asymptote ; pour x<21, elle est au-dessus.
Variante de la session 2. Avec f(x)=3x−49x2−24x+20, la méthode est identique : Df=R∖{34}, f′(x)=(3x−4)29(x−2)(3x−2), maximum local f(32)=−4, minimum local f(2)=4, et la division donne f(x)=3x−4+3x−44, donc l'asymptote y=3x−4.
Parmi les applications suivantes, lesquelles sont injectives, surjectives, bijectives ?
f1:R→R, x↦x2+2x+3.
f2:[−1,+∞[→R, x↦x2+2x+3.
f3:R→[2,+∞[, x↦x2+2x+3.
f4:R+→R, x↦x7+x.
f5:R→[0,2], x↦cos(x)+1.
f6:R∖{−1}→R, x↦1+xx.
Correction détaillée
Le calcul préalable, qui fait tout l'exercice. La forme canonique
x2+2x+3=(x+1)2+2≥2,
avec égalité si et seulement six=−1. Le minimum vaut donc 2, atteint en un seul point. Les quatre premières applications ne diffèrent que par leur ensemble de départ ou d'arrivée, et c'est précisément ce qui change leurs propriétés.
1. f1:R→R.Non injective : f1(−1+t)=f1(−1−t) pour tout t (la fonction est paire autour de −1), donc deux antécédents distincts ont la même image. Non surjective : f1(x)≥2 pour tout x, donc 0 (par exemple) n'a pas d'antécédent. Ni injective, ni surjective, donc non bijective.
2. f2:[−1,+∞[→R. Sur cet intervalle, x+1≥0, donc x↦(x+1)2 y est strictement croissante, et f2 aussi (somme d'une fonction strictement croissante et d'une constante). Une fonction strictement monotone est injective : f2 est injective. Elle n'est pas surjective, puisque son image est [2,+∞[⊊R. Non bijective — mais c'est une bijection de [−1,+∞[ sur [2,+∞[.
3. f3:R→[2,+∞[. Même argument qu'en 1 pour l'injectivité : non injective. En revanche elle est surjective : pour y≥2 fixé, y−2≥0 admet une racine carrée, et
(x+1)2+2=y⟺x=−1±y−2,
qui appartient bien à R. Non bijective (mais surjective).
4. f4:R+→R.x↦x7 et x↦x sont strictement croissantes sur R+, donc leur somme aussi : f4 est injective. Son image est [0,+∞[ (car f4(0)=0 et f4(x)→+∞) : les valeurs strictement négatives ne sont pas atteintes, donc f4 n'est pas surjective. Non bijective.
5. f5:R→[0,2], x↦cos(x)+1. Puisque cos(R)=[−1,1], on a f5(R)=[0,2] : f5 est surjective. Mais cos est 2π-périodique, donc f5 prend une infinité de fois chaque valeur de ]0,2[ : f5 n'est pas injective. Non bijective.
6. f6:R∖{−1}→R. On écrit
f6(x)=1+xx=1+x(1+x)−1=1−1+x1.
Injectivité. Si f6(x)=f6(y), alors 1−1+x1=1−1+y1, donc 1+x1=1+y1, donc 1+x=1+y, c'est-à-dire x=y. f6 est injective.
Surjectivité. On détermine l'image. Sur ]−1,+∞[, la fonction x↦1+x1 décroît de +∞ à 0, donc f6 y croît de −∞ à 1 (valeur non atteinte) : f6(]−1,+∞[)=]−∞,1[. Sur ]−∞,−1[, elle croît de 1 (non atteint) à +∞ : f6(]−∞,−1[)=]1,+∞[. L'image est donc
f6(R∖{−1})=R∖{1}.
La valeur 1 n'a pas d'antécédent (elle serait donnée par 1+x=∞, impossible), donc f6 n'est pas surjective. Non bijective — mais c'est une bijection de R∖{−1} sur R∖{1}, de réciproque f6−1(y)=1−y1.
La leçon de l'exercice. Changer l'ensemble de départ ou d'arrivée change la réponse. Les questions 1 à 3 portent sur la même formule et donnent trois verdicts différents : c'est la démonstration que « injective », « surjective » et « bijective » sont des propriétés du couple (application, ensembles de départ et d'arrivée), pas de l'expression algébrique.
Étudier les propriétés de parité ou d'imparité, et de périodicité, de f.
À l'aide de la question précédente, expliquer pourquoi on peut limiter l'étude de f à l'intervalle [0,π] et comment en déduire son graphe sur R.
Sans calculer la dérivée de f, mais en utilisant les propriétés de monotonie des fonctions x↦ln(x), x↦x2 et x↦cos(x) — que l'on rappellera avec précision sur les intervalles considérés — montrer que f est strictement décroissante sur [0,2π] et strictement croissante sur [2π,π].
Calculer f(0), f(2π) et f(π).
Tracer l'allure du graphe de f sur [−2π,2π].
Correction détaillée
1. Définition. Pour tout x∈R, cos2(x)∈[0,1], donc 1+cos2(x)∈[1,2]⊂]0,+∞[. Le logarithme étant défini sur ]0,+∞[, f est définie sur R entier.
2. Parité et périodicité. Pour tout x,
f(−x)=ln(1+cos2(−x))=ln(1+cos2(x))=f(x),
donc f est paire. De plus cos(x+π)=−cos(x), donc cos2(x+π)=cos2(x) et
f(x+π)=f(x),
donc f est π-périodique. C'est la plus petite période positive : sur [0,2π], f est strictement décroissante (question 4), donc non constante sur [0,π] ; une période T∈]0,π[ contredirait cette stricte monotonie.
3. Réduction du domaine d'étude. Deux symétries se composent :
f paire ⟹ le graphe est symétrique par rapport à l'axe des ordonnées : il suffit de l'étudier sur [0,+∞[, le reste s'obtenant par réflexion ;
fπ-périodique ⟹ le graphe se répète par translation de π : il suffit de l'étudier sur un intervalle de longueur π.
En combinant, on étudie f sur [0,π], puis on obtient le graphe sur R par symétrie axiale (parité) et translations de π (périodicité).
4. Monotonie par composition. On rappelle les monotonies invoquées, sur les intervalles où elles sont utilisées :
x↦ln(x) est strictement croissante sur ]0,+∞[ ;
x↦x2 est strictement croissante sur [0,+∞[ et strictement décroissante sur ]−∞,0] ;
x↦cos(x) est strictement décroissante sur [0,π], et elle y prend ses valeurs dans [−1,1].
Sur [0,2π]. La fonction cos est strictement décroissante sur [0,2π] et y reste dans [0,1] : c'est exactement l'intervalle où x↦x2 est strictement croissante. La composée de deux fonctions strictement monotones de même sens est strictement croissante, donc
x↦cos2(x) est strictement deˊcroissante sur [0,2π], de 1aˋ0.
Ainsi 1+cos2 décroît strictement de 2 à 1, en restant dans ]0,+∞[. Comme ln est strictement croissante, la composée f=ln∘(1+cos2) est strictement décroissante sur [0,2π] (composée d'une décroissante et d'une croissante : sens inversé).
Sur [2π,π]. On pose x=2π+u avec u∈[0,2π]. Alors cos(x)=−sin(u), donc cos2(x)=sin2(u), et sin est strictement croissante sur [0,2π] de 0 à 1 ; avec x↦x2 croissante sur [0,1], on obtient cos2strictement croissante de 0 à 1. Donc 1+cos2 croît strictement de 1 à 2, et comme ln est strictement croissante, f est strictement croissante sur [2π,π] (composée de deux croissantes).
Contrôle par la dérivée. Le calcul direct confirme le résultat, mais la question l'interdisait :
6. Allure du graphe sur [−2π,2π]. D'après 4 et 5, f décroît de ln2 à 0 sur [0,2π], puis croît de 0 à ln2 sur [2π,π]. Par π-périodicité, ce motif se répète : les minima valent 0 en x=2π+kπ, les maxima valent ln2 en x=kπ. Sur [−2π,2π] :
maxima ln2 en x=−2π,−π,0,π,2π ;
minima 0 en x=−23π,−2π,2π,23π.
La parité impose de plus la symétrie par rapport à l'axe des ordonnées, ce que le motif périodique vérifie déjà. La courbe est une sinusoïde « redressée » entre 0 et ln2≈0,69, sans aucun point anguleux : f est dérivable partout, et f′(2π)=f′(π)=0, ce qui correspond bien aux extrema.
Énoncé (contrôle terminal du 15 janvier 2025, exercice 2 ; examen de session 2 du 20 juin 2025, exercice 2).
Soient P(x)=anxn+⋯+a0 et Q(x)=bpxp+⋯+b0 deux polynômes à coefficients réels, avec n,p∈N, an=0 et bp=0. En justifiant rigoureusement, montrer qu'il existe un réel c et un entier relatif k tels que
limx→+∞cxkQ(x)P(x)=1,
puis montrer que c et k sont uniques et donner leurs valeurs en fonction des coefficients et des degrés.
a. Déterminer x→+∞lim(lnx)4+x5+exx4−ex.
b. En déduire la valeur de x→+∞limarctan((lnx)4+x5+exx4−ex).
À l'aide d'un encadrement, déterminer x→0+limx1(cos(x1)−2).
Soit f définie pour x>0 par f(x)=x+13x+2arcsin(e−x). Montrer que pour tout x>0,
∣f(x)−3∣≤xπ+3,
puis en déduire, en le justifiant, la valeur de limx→+∞f(x).
Correction détaillée
1. Équivalent d'un quotient de polynômes. On factorise le terme de plus haut degré dans chaque polynôme :
Unicité. Supposons cxkP/Q→1 et c′xk′P/Q→1. En divisant les deux relations, c′cxk−k′→1. Si k=k′, alors xk−k′ tend vers 0 (si k<k′) ou vers +∞ (si k>k′), et le produit ne peut pas tendre vers 1 : contradiction. Donc k=k′, et il reste c′c→1, soit c=c′. Les valeurs sont donc
k=n−p=degP−degQ,c=anbp=coefficient dominant de Pcoefficient dominant de Q.
Ce que la question installe. C'est la justification du « on factorise par le terme dominant » utilisé partout : elle donne au passage le degré de l'équivalent et la constante, ce qui évite de se tromper de signe dans les limites de fractions rationnelles.
2.a. Limite en +∞. Les deux termes dominants sont ex au numérateur et ex au dénominateur ; on divise numérateur et dénominateur par ex>0 :
(lnx)4+x5+exx4−ex=ex(lnx)4+exx5+1exx4−1.
Par croissances comparées, pour tout α>0 et β>0 : eβxxα→0 et eβx(lnx)α→0 quand x→+∞. Donc chacun des trois premiers quotients tend vers 0, et
limx→+∞(lnx)4+x5+exx4−ex=0+0+10−1=−1.
2.b. Composition par arctan. La fonction arctan est continue sur R (elle y est même dérivable), donc la limite se transporte :
Pourquoi c'est une question à part entière. Il fallait vérifier la continuité de arctan au point limite −1 — c'est l'hypothèse du théorème de composition des limites, et c'est exactement ce que le correcteur vérifie.
3. Encadrement. Pour tout u∈R, cos(u)∈[−1,1]. Avec u=x1 (x=0) :
−1≤cos(x1)≤1⟹−3≤cos(x1)−2≤−1.
Pour x>0, en multipliant par x1>0 (qui ne renverse pas les inégalités) :
−x3≤x1(cos(x1)−2)≤−x1.
Les deux bornes tendent vers −∞ quand x→0+. Par théorème des gendarmes (version infinie), la fonction encadrée tend aussi vers −∞ :
limx→0+x1(cos(x1)−2)=−∞.
Pourquoi l'encadrement est indispensable. Le facteur cos(x1) n'a pas de limite en 0 (il oscille dans [−1,1]) : aucun théorème opératoire ne s'applique au produit. L'encadrement est la seule voie — et il fonctionne précisément parce que l'oscillation est bornée tandis que le facteur x1 tend vers +∞, ce qui écrase l'oscillation et impose le signe.
4. Encadrement et gendarmes. On commence par isoler l'écart à la valeur candidate 3 :
Pour x>0, on a e−x∈]0,1[, et arcsin est à valeurs dans [0,2π] sur cet intervalle. Donc
0≤2arcsin(e−x)≤π⟹−3≤2arcsin(e−x)−3≤π−3,
et par suite ∣2arcsin(e−x)−3∣≤π+3 (majoration large mais suffisante : les deux bornes sont dans [−3,π−3], de valeurs absolues majorées par 3 et π−3<3). Comme x+1≥x>0,
∣f(x)−3∣=x+1∣2arcsin(e−x)−3∣≤x+1π+3≤xπ+3.
Le membre de droite tend vers 0 quand x→+∞ : par gendarmes, ∣f(x)−3∣→0, c'est-à-dire
limx→+∞f(x)=3.
Ce que la question fait travailler. Le patron « encadrer, puis gendarmes » est la seule méthode disponible quand la fonction contient un terme borné mais non convergent (arcsin(e−x) tend vers 0 ici, mais on ne veut pas le savoir : on l'encadre). L'astuce du x+1≥x montre qu'on n'a pas besoin de la borne optimale — une majoration grossière mais décroissante vers 0 suffit.
Les compétences qui reviennent d'une session à l'autre, et qu'il faut automatiser :
Quantifier. Les sujets 2019-2023 ouvrent leur exercice 4 par une question de cours sur les quantificateurs : écrire une limite, puis la nier. La règle est mécanique (échanger ∀ et ∃, nier la sous-phrase), mais elle exige de la précision : une négation doit être écrite sans¬ en tête.
Revenir à la définition. Les questions marquées [Cours] demandent de démontrer une limite de suite ou de fonction sans invoquer les théorèmes opératoires. Le patron est toujours le même : fixer ε, découper selon les coefficients, prendre le max des rangs.
Construire un contre-exemple. Presque toutes les questions « vrai ou faux » se réfutent par une suite bien choisie, souvent une oscillation ((−1)n) ou une sous-suite extraite. Le critère séquentiel est l'outil universel pour les limites de fonctions.
Mener une étude de fonction de bout en bout. Depuis 2024, chaque sujet contient une étude complète : domaine, parité, dérivée et son domaine, signe, limites aux bords, tableau de variation, asymptote. La note porte sur l'enchaînement complet, pas sur un calcul isolé.
Encadrer plutôt que calculer. Dès qu'un facteur est borné mais non convergent (cos(1/x), arcsin(e−x), (−1)n), aucun théorème opératoire ne s'applique : il faut encadrer puis conclure par gendarmes.
Vérifier les hypothèses d'un théorème avant de l'appliquer. Composition des limites (continuité au point limite), critère « f′=0⇒f constante » (le domaine doit être un intervalle), dérivation d'une bijection réciproque (dérivée non nulle) : le correcteur attend que l'hypothèse soit nommée.